Mon pays - Ferhat Tunç par Berçem Adar (www.bersiv.com) (le 06/11/2009 à 03h03)
Le site kurde Bersiv vous présente un article- témoignage du chanteur
kurde engagé, Ferhat Tunç. Originaire de Dersim, Ferhat Tunç est un
fervent militant qui lutte pour le respect des Droits de l’Homme en
Turquieet la démocratisation du pays. A ce titre, il a été plusieurs
fois arrêté et poursuivi en justice.
Il y a quelques jours j’étais à Dersim [NDLR: Tunceli en turc] pour
tourner le premier clip de mon nouvel album “Çığlıklar ülkesi“. C’est
avec Ahmet Cana Akyol que nous avons écris la chanson “Memleketim”
[NDLR: mon pays]. Dans la mesure où les paroles de la chanson visaient
tout particulièrement Dersim, il était nécessaire et naturel que nous
tournions le clip à Dersim.
Nous avons commencé ce travail visuel à Tulik, un village lié à Paxe
Havig, où je suis né et où j’ai passé mon enfance. Tulik est un village
construit et habité il y a des siècles par mes grands parents qui ont
travaillé dure sous les griffes de la pauvreté et de la faim. Ce sont
nos parents proches qui habitaient ce village construit sur les
hauteurs et entouré de forêts de chênes. Enfants de cette époque, nous
vivions libres et heureux dans cet aimable village. Mais à présent, il
ne reste plus aucune trace de ce village aimable et vivant…
Autant dire qu’il est comme un orphelin, seul au milieu des décombres
et du profond silence. Les villages voisins qui se trouvent aux
alentours sont dans la même situation. Elles sont loin, très loin ces
années enjouées, pleines de vies où les voix humaines se mêlaient les
unes aux autres. L’Histoire, avec toute sa cruauté, a enveloppé nos
villages dans un profond et sinistre silence.
Mon grand père qui était l’un des plus anciens de ce village, “Meme Ale
Suoku”, avec sa grande taille, sa puissante corpulence et sa voix forte
était la source de joie de notre village. Je lui voué, en tant que
petit-enfant, une grande admiration et une profonde affection. Sa vie
légendaire était la principale raison de mon admiration pour lui.
Mon grand père ne disait rien des souffrances et des tortures qu’il a
enfermé dans son existence. Mais ceux qui le connaissaient racontaient
comment en 1938, lorsqu’il a été capturé sur la Montagne Blanche (Beyaz
Dağ), il a fait preuve de résistance et a été laissé pour mort après
que sa peau ait été égratignée.
Laissé pour mort, mon grand père a été sauvé par sa mère qui
connaissait le turc. Elle s’est adressée aux militaires en fonctions,
avec un turc très correct, et leur a dit ” La personne que vous avez
tué est mon fils, veuillez au moins me livrer son corps”. Les
militaires n’ont pas refusé la demande de cette vieille femme qui
parlait un turc correct et lui ont livré le corps de mon grand-père,
laissé pour mort. Après des heures de route, la mère sursauta au
gémissement de son fils qu’elle avait placé sur le dos d’un cheval, le
croyant mort. Elle l’a tout de suite descendu du cheval et le fit boire
avec fébrilité. Plus tard, elle ramassa quelques herbes dans la forêt
pour bander sa peau égratinée et son corps plein de sang et a essayé de
soigner ces blessures. Mon grand-père a pu se reprendre après des mois
de traitements différents à base de multiples plantes et herbes
sauvages…
L’esprit traumatisé et ébranlé de Dersim
Mon oncle Bekir, fils ainé de mon grand père, s’est suicidé, il y a
quelques semaines, à l’âge de 80 ans, par pendaison dans l’appartement
où il vivait seul situé dans le quartier de Esen Tepe. Mon oncle a
travaillé à chaque étape de sa vie entachée de souffrances. Depuis le
décès de sa femme, il y a des années, il vivait dans une grande
sollitude. Il n’a pu résister davantages et le suicide a été pour lui
la seule solution. Mon oncle n’est pas le seul à s’être suicidé à
Dersim ces derniers temps. En un mois près de 7 hommes se sont
suicidés. Le fait est que la majorité d’entre eux soient des jeunes
nous intrigue au plus haut degré. Nous avons discuté de la situation
avec notre mairesse Edibe Sahin [NDRL: mairesse de Dersim et membre du
DTP]lorsque nous lui avons rendu visite. Dersim n’a toujours pas su
échapper à cet état d’âme profondément tragique et tenaille qui prend
ses sources en 1938. Et il n’est pas difficile de comprendre le
problème auquel nous sommes confrontés lorsqu’on ajoute à cela les
catastrophes et les dégâts que la guerre a porté depuis maintenant ces
trentes dernières années.
Après avoir terminé le tournage du clip à Tulip, nous sommes partis au
village de Bornage lié à Hozat. Bornage est un de ces villages
d’exceptions qui n’a rien perdu de son tissu, où nos anciens continuent
d’y rester et d’y vivre avec obstination. Les personnes agées de ce
village formé de maisons de terres et de pierres nous ont embrassé avec
un grand amour et nous ont aidé durant tout le temps du tournage.
Durant toutes ces activités, j’étais accompagné de mon oncle originaire
de Pilvenk, Hüseyin Katurman. J’ai eu la chance non seulement de
constater les talents d’acteurs de mon oncle Hüseyin Katurman qui,
malgré son âge avancé nous accompagnait sans montrer le moindre signe
de fatigue, mais aussi d’écouter avec une oreille attentive ce qu’il
avait à dire à propos de Dersim. Il est important qu’il y ait encore
des témoins des massacres commis à Dersim. Nous pouvons apprendre
encore beaucoup de ces gens. Apprendre et parvenir à un but juste avec
ce que nous avons appris…. Vivre en pensant que notre langue, notre
culture et notre croyant, véritable marque de notre identité, portent
encore plus d’importance aujourd’hui et s’approprier le patrimoine de
nos pères… C’est cette valeur qui fait de nous ce que nous sommes.
C’est pour cela que nous nous débattons, nous attristons ou nous
mettons en colère.
“Les chasseurs”
Après les quelques plans réalisés dans ce village, Ovacik était notre
nouvelle direction. En allant à Ovacik, sur le pont Venk, nous avons
changé d’avis et nous nous sommes dirigés vers Zağge. Pendant le
tournage, nous avons vécu d’étranges moments dans cette vallée creuse
que je voyais pour la première fois et dont j’ai été pour ainsi dire
envoutée.
Pendant le tournage, nous avons remarqué une présence qui, juste au
dessus de nous dans la forêt, nous observait avec des jumelles. Oui, il
s’agissait de militaires qui nous observaient avec des jumelles. Ils
étaient dans cette forêt comme des chasseurs embusqués qui attendaient
leurs proies. En Turquie, pendant que se poursuivent les débats sur la
paix, eux ont comme l’air de partir à la “chasse”. Peut être
savaient-ils qu’en essayant de “chasser”, un problème qui leur ait
semblable les attendrait. J’étais bouleversé, mon coeur brûlait et j’ai
maudit, encore une fois, cette violence et ce conflit qui éprouve tant
la population….
Nous avons continué le tournage en mettant la musique à fond. Pour
qu’ils puissent aussi écouter. Qui sait, peut être avons nous animé au
fond d’eux le songe d’une ère où personne ne voudrait s’entretuer. L’un
est soldat, l’autre est guerilleros. Je suis certain que les deux camps
nous ont entendu. Mettre un terme aux douleurs vécus et aux morts était
le cri du message que nous avons tenté de leur faire parvenir par
l’échos du son et de la musique…
Ferhat Tunc, Memleketim Ah Memleketim, 19 juin 2009,
HOMMAGE A IBRAHIM KAYPAKKAYA. NOUS N'AVONS PAS OUBLIE LE 18 MAI, NOUS N'OUBLIERONS JAMAIS LE 18 MAI .
Repose En paix...
Ibrahim Kaypakkaya ( 1949 - 1973)
<< Hommage à Ibrahim Kaypakkaya >>
Ibrahim Kaypakkaya est né en 1949 dans le village de Karakaya,il est d'une famille paysanne. A cette époque les idées révolutionnaires se répandaient chez les masses, en particulier dans la jeunesse. Ibrahim Kaypakkaya était une personne active, et dès son entrée à l'école, il devient membre de la FKF, (Fédération des Clubs d'Idées). Il a mené une lutte révolutionnaire et en mènera une autre contre les dirigeants révisionnistes des organisations. Il s'éloigne peu à peu de l'école, et en 1969/70 ne mène pas la lutte que chez les étudiants, mais également chez les ouvriers et les paysans, faisant connaître le marxisme-léninisme partout où il y a grèves, occupations des terres par les paysans. En 1972 il dénonce le révisionnisme du TIIKP et assume avec ses camarades la formation d'un parti. Il forme le Comité de Coordination du TKP(ML) en avril 1972, qui aboutira par la suite à la formation du parti. Ibrahim Kaypakkaya a joué un rôle historique,il a reprit l'héritage révolutionnaire du TKP en assumant le marxisme-léninisme ("pour faire face au révisionnisme et former l'unique organisation capable d'aboutir à la libération du prolétariat et de la paysannerie.") les services secrets turcs ont tout de suite considéré le TKP(ML) comme l'organisation qui a la théorie et la pratique la plus dangereuse.
Ibrahim Kaypakkaya et ses camarades, alors qu'ils menaient des actions dans la région de Dersim, se sont fait traqués et obligés de se refugier dans une baraque abandonnée pendant quelques jours. Suite à une dénonciation ils se sont fais attaquer par les gendarmes, le 24 janvier 1973. Le compagnon d'armes d'Ibrahim Kaypakkaya, Ali Haydar Yildiz, s'est fait tué. Ibrahim Kaypakkaya est arrivé à s'enfuir, il s'est refugié 5 jours et 5 nuits dans une grotte; à cause de la faim et du froid il part demander de l'aide à des villageois le 29 janvier, mais l'un d'entre eux le dénonçe. Il se fait arrêté et amené au commissariat de Tunceli-Elazig, puis dans le centre de tortures de Diyarbakir. On lui a coupé une partie de ses membres gelés par le froid, mais I.K. résiste quand meme pendant trois mois et demi aux tortures sans rien du tout dire sur les structures du TKP(ML). Dans la nuit du 17 au 18 mai 1973 il fut assassiné.
Ahmet Türk:”Les opérations militaires n’empêcheront pas la tenue de la Conférence Kurde.” (le 17/05/2009 à 22h47)
En avant-première mondiale, Bersiv vous présente en français la longue mais très importante interview, par NeşeDüzel dans le journal turc Taraf du 27 avril, d’Ahmet Türk le co-président du Parti de la Société Démocratique (DTP) luttant pacifiquement pour la défense des droits légitimes du peuple kurde en Turquie:
Pourquoi une interview d’Ahmet Türk?
Il y avait vraiment une atmosphère positive. Des préparatifs pour la Conférence Kurde qui allait pour la première fois porter la représentation des Kurdes de tout le Moyen-Orient, étaient en cours; on pensait/espérait que cette conférence amènerait une solution globale à la Question Kurde et qu’elle serait un premier pas vers le désarmement du PKK.
Brusquement, l’arrestation de dirigeants du DTP est survenue; 51 officiels du DTP ont été arrêtés. Mais le développement vraiment frappant est survenu après ces arrestations; un policier des Forces Spéciales a assommé au sol un garçon de 14 ans qui se trouvait dans un groupe d’enfants manifestant dans une zone rurale et il s’est mis à lui frapper violemment le crâne à coups de crosse de mitraillette, à le frapper encore et encore, et il l’a tabassé autant qu’il pouvait. C’était comme si quelqu’un voulait délibérément faire voler en éclats l’atmosphère de paix. Avec le co-président du Parti de la Société Démocratique (DTP) Ahmet Türk, nous avons parlé de sa perception de ces évènements. Nous l’avons interrogé sur l’avenir de la Conférence Kurde qui est censée avoir lieu à Hewlêr (Erbil) chez Barzani, sur si le DTP allait participer à la conférence ou pas, si le PKK était invité ou pas, sur comment éviter la violence que certains tentent d’exacerber et s’il y aura certains gestes réciproques pour calmer la situaton actuelle.
NEŞE DÜZEL: Il y a actuellement une opération policière de grande envergure contre les cadres du DTP. Que pensez-vous du timing de cette opération?
AHMET TÜRK: Nous nous attendions à plusieurs éventualités d’évolution après la victoire du DTP aux élections locales. Nous pensions que soit le pourcentage élevé de voix que nous avions reçu n’allait pas être toléré et que l’atmosphère deviendrait plus tendue, soit le soutien apporté par le peuple au DTP allait être accepté et qu’une logique de résolution de la Question Kurde se développerait. C’est la première hypothèse qui s’est réalisée: le fait que le DTP ait doublé son score et qu’il soit devenu le premier parti dans la Région Kurde à l’occasion des élections locales du 29 mars n’a pas été toléré et les opérations ont donc commencé.
NEŞE DÜZEL: Qui sont ceux qui n’ont pas toléré les résultats des élections?
AHMET TÜRK: Au premier plan, il y a le pouvoir politique [l'AKP]. Mais ce n’est pas une opération que le gouvernement a planifiée par lui-même. En Turquie, les hommes politiques sont sous contrôle. Lorsque le sujet a trait à la Question Kurde, l’AKP et ceux qui contrôlent les politiciens en Turquie s’accordent pour maintenir la politique de non-résolution, vieille de 80 ans et qui empêche que le problème soit résolu par des moyens démocratiques et pacifiques. Après tout nous savons que si l’AKP n’a pas été interdit c’est parce qu’il avait accepté un tel accord.
ND: Êtes-vous en train de dire que les rafles contre les cadres du DTP sont la conséquence des élections locales?
AT: C’est la première raison. La seconde est la déclaration du PKK suite aux élections. Le PKK a déclaré ceci: “Le peuple kurde a donné son soutien au DTP lors des élections. Nous apprécions positivement ce soutien. Pour ouvrir la voie à une solution pacifique, nous tairons les armes jusqu’au 1er juin.”
Ils ont aussi précisé que si le moindre développement positif se présentait, ils prolongeraient leur cessez-le-feu unilatéral. Et bien voilà. Certains s’enrichissent grâce à ce conflit…alors les seigneurs de guerre se sont inquiétés. Car ils savent que si la Question Kurde est résolue par des moyens démocratiques, le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE va s’accélérer et ils vont perdre le pouvoir. Ceux qui s’opposent à une solution pacifique du problème sont donc intervenus.
La troisième raison de l’opération contre le DTP…
ND: Oui, quelle est-elle?
AT: La possibilité de paix dans la Région Kurde.
Les Kurdes vivent dans 4 pays: Turquie, Iran, Irak et Syrie, au Moyen-Orient. Les politiciens kurdes des 4 parties cherchent à atteindre une décision commune de ce que sont les demandes du peuple kurde et à initier une période de paix dans cette région. Ceci aussi a dérangé l’Etat [turc]. Afin de stopper net tous ces développements pacifiques, il a attaqué le DTP.
ND: Le PKK a mis fin à ce cessez-le-feu à cause de cette opération; pensez-vous que mettre fin au cessez-le-feu est la bonne décision?
AT: Le PKK n’a pas mis fin au cessez-le-feu. Ils ont fait une déclaration jeudi dernier [23 avril] disant: “Il est devenu évident que l’Etat ne veut pas résoudre la Question Kurde. Malgré cela, nous honorerons notre décision comme nous l’avons déclaré auparavant jusqu’au 1er juin.”
ND: Considérant que les opérations continuent, pensez-vous que mettre fin au cessez-le-feu après le 1er juin est la bonne décision?
AT: Notre souhait est que le cessez-le-feu continue. La Question Kurde ne peut pas être résolue par les armes. Elle peut l’être par la démocratie. Nous n’avons jamais voulu que les armes reviennent à l’agenda. Nous savons que les armes causent de la souffrance et des larmes. Mais nous devons être réalistes.
Faire la paix exige une volonté politique et de la détermination. S’il n’y a pas un pouvoir politique qui veuille la paix et qui croie en la paix, il ne peut pas y avoir une solution unilatérale. L’Etat doit entrer dans le processus de dire “oui” aux demandes de paix. Toute personne raisonnable ne devrait prendre aucun rôle dans le retour du temps des armes. Cela nous inquiète, c’est pour cela que nous crions ce slogan: “Asseyons-nous et résolvons ce problème par le dialogue”.
ND: Qui devrait s’asseoir pour résoudre le problème?
AT: Il y a des parties au conflit. Si le gouvernement est l’organe exécutif et qu’il est avec la volonté de la population alors nous nous baserons là-dessus et ferons part au gouvernement de nos demandes. Mais il n’y a aucun dialogue entre le gouvernement et nous.
ND: Avez-vous tenu une quelconque sorte de réunion avec le gouvernement AKP ou le Premier ministre en tant que DTP?
AT: Nous n’arrivons pas à rencontrer le gouvernement quand nous tentons de le faire. Nous leur avons demandé d’avoir une discussion mais cela a été en vain.
ND: La Conférence Kurde est supposée avoir lieu bientôt à Hewlêr (Erbil). Est-ce que ces opérations vont empêcher la tenue de cette conférence?
AT: Elles ne l’empêcheront pas. L’important ici est la détermination des Kurdes à tenir ensemble une conférence conjointe. Même si les officiels du DTP sont arrêtés, nous continuerons notre combat pour faire avancer le processus démocratique et nous garderons notre détermination à créer une atmosphère de dialogue. Et biensûr nous ne reculerons pas face à l’oppression qui nous est infligée.
Ils ne devraient pas penser: “Nous avons arrêté 50 cadres du DTP, c’est la fin du DTP.” Cette pièce n’est pas terminée. Nous élèverons notre voix et les objections démocratiques à ces arrestations par nos actions et nos déclarations.
ND: Les allégations sont que les cadres du DTP arrêtés ont des liens avec le PKK. Savez-vous quelquechose quant à ces allégations?
AT: Jusqu’à ce jour, quand un Kurde formule des demandes concernant son identité, sa culture ou sa langue, il est d’office déclaré comme un membre du PKK. La revendication du peuple kurde de son identité, sa culture et sa langue était considérée comme une trahison, comme de l’ethno-nationalisme et comme un mouvement visant à diviser la pays. En fait, l’Etat nous dit ceci: “Soit vous vous taisez, soit je vous considère et vous traite comme des membres du PKK”.
ND: S’il est prouvé que les officiels du DTP arrêtés ont vraiment des liens avec le PKK, est-ce que vous critiquerez encore ces arrestations?
AT: Cette question n’a pas de sens. Ces personnes participent à la politique démocratique depuis le HEP, le DEP [prédécesseurs du DTP, fin des années 80, début des années 90], et ils n’ont jamais touché une arme ni pris le maquis. Ils sont arrêtés pour leurs opinions et parce qu’ils énoncent les réalités sociales. Par exemple, je dis: “le cessez-le-feu du PKK jusqu’au 1er juin est un pas important pour la paix”. Pour la seule raison que j’ai dit cela, demain je peux être poursuivi et jugé comme étant un membre du PKK.
ND: Pourquoi?
AT: Et bien, nos amis arrêtés ne disent pas autre chose. Eux aussi, comme moi, font des observations. Et essaient d’ouvrir la voie à des politiques démocratiques. Qu’on l’aime ou non, le PKK est une réalité. Après que le DTP ait été renforcé suite aux élections, le PKK a déclaré: “Nous devons donner une chance au DTP puisqu’ils ont le soutien du peuple [kurde]. Nous leur donnerons cette chance en taisant nos armes jusqu’au 1er juin”? Cela a été une décision positive. C’était une opportunité à saisir. Mais l’Etat a fait immédiatement le contraire. Ils ont essayé de faire annuler cette décision grâce aux opérations [contre le DTP]…
ND: Une fois vous avez déclaré: “Nous avons la même base populaire que le PKK.” Est-il possible qu’il y ait des liens entre ces cadres du DTP et le PKK autres que cette base populaire commune?
AT: Nous devons bien comprendre les développements dans le monde. Disons que des pas sont faits vers la paix et qu’en tant que DTP nous ayons eu des discussions avec le gouvernement et l’Etat. A la fin de ces pouparlers, l’Etat ne nous demandera-t-il pas ceci: “OK, si je fais ceci, est-ce que le PKK déposera les armes?”
Oui, c’est ce que fera l’Etat. Et alors donc le PKK est une réalité et a un rôle dans tout cela. Si vous considérez ce rôle comme “avoir des liens avec le PKK”[sous-entendu qu'être un canal de dialogue entre l'Etat et le PKK dans un but de paix négociée serait un crime], vous ne pourrez obtenir aucun résultat. Il faut prendre en compte le fait qu’il faudra convaincre le PKK d’accepter les principes et projets de paix proposés.
ND: Un groupe armé, quel que soit ce groupe, est un criminel au regard des lois. C’est ainsi dans le monde d’ailleurs. En tant que parlementaire, acceptez-vous le fait que tout groupe armé est criminal?
AT: Il est nécessaire de clarifier le terme de “terreur/terrorisme”. Il est nécessaire de comprendre de façon adéquate Al-Qaida ou le Hamas. Il est nécessaire de comprendre correctement le PKK, le parti de Mandela et l’ancienne Organisation de Libération de la Palestine.
ND: Commet cela doit-il être compris?
AT: Si un mouvement a le soutien d’un peuple et qu’il agit dans le but de réaliser les demandes de ce peuple, il est indispensable de mettre ce mouvement dans une catégorie différente. Car si pour moi il est un mouvement terroriste, pour d’autres il n’est pas perçu ainsi [mais comme des héros]. Nous devons voir cette réalité. Le Hamas est aussi en l’occurence un groupe armé et pourtant le Premier ministre Erdogan les reçoit, tient des discussions avec eux et leur demande de jouer un rôle dans le processus de paix.
Dans le passé, Mandela aussi a purgé une longue peine de prison, il avait été condamné en tant que terroriste, mais quand les conditions ont changé et qu’il y a eu une atmosphère propice au dialoque, personne n’a dit “Mandela est un terroriste”. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix. Et pourtant son groupe n’avait-il pas également pris les armes?
ND: Vous êtes mis en examen pour avoir dit qu’Abdullah Ocalan était comme Mandela…
AT: Je dis cela concernant la situation. Sinon je ne pense pas que quiconque puisse être parfaitement identique à un autre. Et personne n’a d’ailleurs à être similaire à un autre. Par contre, les processus historiques fonctionnent ainsi. Les conditions sont établies et les pourparlers ont lieu. Nous pouvons aussi donner l’IRA comme exemple.
ND: Êtes-vous entrain de dire qu’à la fin ils devront discuter avec Ocalan?
AT: Ocalan n’en demande pas absolument tant. Il ne dit pas: “Si vous ne me parlez pas, rien ne se passera”. Il dit: “Je crois en la paix, et je souhaite la paix. Ce problème ne peut aucunement être résolu par les armes. Discutez avec moi de sorte que je puisse contribuer au processus de paix”. Et il montre les Kurdes, les NGO et le DTP comme les interlocuteurs auxquels ils devraient s’adresser pour tenir les pourparlers de paix.
ND: Est-ce que le DTP a été invité à la Conférence Kurde à Hewlêr (Erbil)?
AT: Biensûr… Depuis que cette idée a été formulée, nous avons tenu des discussions. Nous avons dit ceci: “Tous les Kurdes doivent pouvoir participer à cette conférence. Si même un seul bord n’y participe pas, cette conférence sera incomplète”.
ND: Le PKK inclus?
AT: Biensûr. Tout le monde doit y participer. Finalement, c’est le PKK qui porte les armes. C’est du PKK qu’il est débattu par cette conférence. Toutes les politiques qui sont développées et tous les évènements qui ont lieu sont basés sur lui. Si vous l’excluez, quelle est alors l’utilité de tenir cette conférence?
ND: Est-ce que le PKK a été invité à cette conférence? Avez-vous des informations à ce sujet?
AT: Je ne sais pas. Cette conférence est encore au stade des discussions.
ND: Si le PKK n’est pas invité, est-ce que le DTP participera à la conférence?
AT: Nous déciderons de l’attitude à adopter en fonction du sérieux de cette conférence. Nous regarderons comment elle sera structurée et combien elle se basera sur les solutions au problème. Pourquoi participerions-nous à une conférence vaine et inefficace? Il faut que ce soit une conférence efficace où l’on puisse arriver à des conclusions.
ND: Une conférence sans le PKK sera-t-il inefficace?
AT: Biensûr; elle serait déficiente.
ND: A quel type de conclusions vous attendez-vous à arriver de la part de la Conférence Kurde dont l’objectif est le désarmement du PKK?
AT: Il se dit ceci: “Nous tenons la conférence dans le but de désarmer le PKK”. C’est ce que dit Talabani aussi. Or cela entraîne des critiques de la part de la population kurde pour la raison que cela ne fait pas part des demandes du peuple kurde au gouvernement AKP. Car on ne peut pas tenir une conférence uniquement pour désarmer un groupe. Alors sinon, ils [les combattants kurdes, le PKK] rétorqueraient ceci: “Ai-je pris le maquis dans le but de déposer les armes?”.
Parlons franchement; naturellement notre souhait principal aussi est de créer un monde sans armes. Le problème, c’est que s’il n’y a pas un projet qui garantisse la satisfaction des demandes du peuple kurde concernant son identité, sa culture, son droit à recevoir l’enseignement scolaire en kurde et une décentralisation de la gouvernance, alors cette conférence est vaine dès le départ.
L’important ici est que les demandes du peuple kurde soient satisfaites. Même si cela ne peut pas être réalisé en un jour, au moins les préparatifs peuvent être faits. Il y a de nombreux exemples de ce gendre dans le monde, notamment le cas de l’Afrique du Sud. Comment le problème a-t-il été résolu? Qui ont été les intermédiaires? Comment la paix a-t-elle été obtenue?
ND: Quel type de solution dans le monde prenez-vous en exemple?
AT: Aucun problème ne ressemble exactement à un autre, cependant partout dans le monde, afin d’arriver à une solution et à la paix, des préparatifs ont été finalement faits, les parties ont débattu du problème et une volonté effective de paix a pris forme. L’élément commun partout est que les gouvernements ont agi dans le but de sauver leur peuple et leur pays du chaos et d’apporter la paix de façon définitive.
ND: Avez-vous un espoir pour la paix?
AT: Nous n’avons jamais perdu notre espoir en la paix et nous ne perdrons jamais espoir. Si nous n’avions plus cet espoir, nous ne pourrions d’ailleurs pas faire de politique.
Nous disons: “Ne continuez pas cette stratégie de déni et d’anéantissement. La paix, même si elle n’est pas pour aujourd’hui, arrivera certainement un jour ou l’autre. Les droits identitaires et culturels du peuple kurde seront définitivement garantis. Tout en respectant l’intégrité territoriale de la République de Turquie, un environnement d’égalité et d’équité sera créé. Développons donc notre démocratie le plus tôt possible”.
Car les dernières opérations indiquent que certains sont déterminés à empêcher une solution démocratique.
ND: Qu’est-ce qui devrait être fait pour résoudre la Question kurde dans un cadre pacifique?
AT: Nous sommes très clairs et ouverts à ce sujet. Les droits [l'identité] du peuple kurde doivent être garantis par la Constitution. Une nouvelle Constitution devrait être préparée et écrite de façon à ce qu’elle accepte les différences comme une richesse.
Nous aussi sommes citoyens de la République de Turquie. Les citoyens kurdes devraient bénéficier des mêmes droits que les citoyens turcs. Dans le cadre du Projet d’Autonomie Démocratique [projet élaboré par le DTP], les gouvernements régionaux devraient être renforcés et les régions basées sur leurs besoins devraient pouvoir prendre des décisions dans les domaines de l’économie, du social et de l’éducation. Les écoles enseignant en kurde devraient pouvoir voir le jour. Pour l’instant, les autorités montrent TRT 6 [chaîne TV d'Etat diffusant en kurde, ouverte en janvier dernier] comme un grand progrès.
ND: N’est-ce donc pas un progrès?
AT: Mais les Kurdes ne peuvent même pas déterminer les programmes de TRT 6!
J’étais récemment en Angleterre et je m’y suis renseigné. Il y a 3 millions de Gallois; au Pays de Galles, ils apprennent le gallois et c’est obligatoire. Ils m’ont dit ceci: “Nous sommes tellement assimilés qu’il n’y a pas si longtemps, seulement 5% d’entre nous savaient parler gallois. Mais maintenant, ce chiffre est de 20%. Et parmi la jeune génération, il est de 40%”.
Le gouvernement britannique verse chaque année 180 millions d’euros aux chaînes de télévision privées pour subventionner le développement de la culture galloise. C’est une reconnaissance et une protection d’un droit. TRT 6 est, à l’opposé, l’abus d’un droit. Ce n’est pas ce que nous voulons…
ND: Si ces conditions sont acceptées, le PKK déposera-t-il les armes?
AT: Il n’y a pas de différence entre ce que nous disons et ce qu’ils disent. Les demandes sont exactement les mêmes. Ce sont les demandes du peuple kurde en général. J’agis en fonction des demandes du peuple kurde et le PKK fait de même.
ND: A quelles conditions le PKK déposera-t-il les armes d’après vous?
AT: L’Etat doit être ouvert et transparent. Après que vous ayez fait quitter le maquis aux guérilléros, allez-vous les jeter en prison ou bien allez-vous les laisser rejoindre la société et pratiquer la politique démocratique? Ces sujets doivent être discutés ouvertement.
ND: Y a-t-il des différences de points de vue entre Barzani [président de la Région fédérée du Kurdistan d'Irak] et le DTP?
AT: Nous sommes des politiciens qui vivont dans des états différents. Les conditions et exigences de chaque pays sont différentes. Si j’étais en Irak aujourd’hui, je demanderais une fédération. Car les Kurdes d’Irak faisaient partie de l’Empire Ottoman. Sans qu’ils aient intériorisé la situation, ils ont été regroupés avec les Arabes, ainsi ils ne se sont jamais mélangés. La situation en Turquie est différente. Les Kurdes et le Turcs ont la chance de vivre ensemble. Car cela fait vraiment mille ans qu’ils vivent ensemble. Par conséquent, nous n’exigeons pas une fédération en Turquie. Nous défendons le concept d’un gouvernement autonome démocratique. Nous voulons renforcer le pouvoir des administrations régionales.
ND: Que propose le DTP pour permettre/favoriser la paix?
AT: Il faudrait que ceci soit désormais compris: les Kurdes ne cherchent pas à faire sécession de la Turquie. Les Kurdes veulent résoudre ce problème sur la base de l’égalité des droits dans le respect de l’intégrité territoriale de le République de Turquie. S’il est accepté de croire que c’est cela que les Kurdes veulent, alors résoudre le problème ne sera pas si difficile. Car le problème vient de là: depuis la fondation de l’état-nation [turc], les Kurdes sont vus comme un danger potentiel. Certaines personnes doivent comprendre que les Kurdes ne veulent pas diviser ce pays, elles doivent se débarrasser de cette idée et de leurs peurs qui y sont liées.
ND: Pensez-vous qu’il est possible de faire certains gestes réciproques afin de détendre l’atmosphère jusqu’à ce qu’une paix définitive soit atteinte?
AT: Oui, c’est nécessaire. Des gestes devraient être faits pour démontrer la sincérité quant au désir de paix et de solution.
ND: Comme geste de bonne volonté, le PKK peut-il ordonner à ses combattants de se retirer du territoire [de la Turquie]?
AT: Biensûr…S’ils savent qu’il y a un effort sérieux pour la paix et qu’ils ne seront pas manipulés et trompés, pourquoi pas? Avant tout, une atmosphère de confiance doit être développée. Ce geste a déjà été effectué par le passé [août/septembre 1999] mais pendant le mouvement de retrait hors des frontières de la Turquie, 300 à 400 guérilleros du PKK ont été tués [par l'armée turque]. De plus, un “groupe de paix” du PKK [8 guérilleros menés par Ali Sapan et 8 diplomates travaillant en Europe] est venu en Turquie. D’autres groupes devaient suivre mais comme les personnes du premier groupe ont été condamnées à 15-20 ans de prison, cette démarche a été arrêtée.
ND: Que devraient faire les politiciens turcs et kurdes pour mettre les Kurdes et les Turcs dans une atmosphère de paix?
AT: Les démocrates turcs ont un rôle important à jouer pour stopper le développement des perceptions nationalistes. Aujourd’hui, les intellectuels turcs devraient soutenir les efforts du DTP pour résoudre la Question kurde en Turquie dans le cadre de la démocratie et du respect de l’intégrité territoriale de la Turquie. Et ils devraient répandre cette idée et cette confiance au sein de la population de la même façon que dans le passé Sartre et les intellectuels français se sont opposés à l’occupation de l’Algérie par la France.
ND: Les Kurdes ne veulent-ils pas faire sécession et créer leur propre Etat?
AT: Certains le souhaitent mais les politiciens ont l’obligation de prendre en compte les réalités sociales et de comprendre combien l’éthno-nationalisme fait du mal aux peuples dans le monde d’aujourd’hui. Nous sommes contre le concept d’Etat-nation et pour “l’Etat-démocratique”. Nous n’avons pas le droit de faire s’entretuer les peuples en mettant en avant le nationalisme dans un monde où les Etats forment des unions et où existe l’Union Européenne.
ND: Pensez-vous que l’Etat-nation est un processus très sanglant?
AT: Oui. Dans le monde d’aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de créer des Etats-nations. Nous avons besoin d’une citoyenneté équitable et d’un Etat démocratique. Mais certaines personnes ne veulent pas de changement dans ce pays. Elles veulent que le statu quo soit maintenu. Car ces quelques personnes perdraient le contrôle qu’elles ont sur la politique si la Question kurde était résolue et la Turquie plus démocratique…
- Le sept novembre 2006 Bahar Kimyongür, ancien porte-parole du Bureau d'information du DHKC à Bruxelles, a été condamné à cinq ans de prison ferme pour le simple fait d'avoir diffusé de l'information en provenance de Turquie sur les conditions de détention dans les prisons de ce pays et avoir mené des actions pacifiques pour dénoncer le caractère antidémocratique de l'État turc. Pour ces raisons il est considéré par la Cour d'Appel de Gand comme le «chef d'une organisation terroriste et criminelle» (vous lisez bien).
«Quand monsieur Kimyongür rentrait dans la salle d'audience, le nombreux public qui se mobilisait pour lui l'applaudisait : la preuve qu'il est un chef», dixit les juges. Raisonnement implicite, que les juges se sont gardés de formuler car cela aurait mis trop en évidence l'absurdité de leurs arguments : «le public présent, devait être les subordonnés de Bahar Kimyongür et membres aussi, ou adhérants, d'une organisation terroriste».
Bahar Kimyongur est un symbole.
Il est le symbole des dangers que la lutte contre le “terrorisme” fait peser sur nos libertés.
Soutenir Bahar, c’est protéger les droits de tous les citoyens en Belgique.
Bahar Kimyongur est un citoyen belge qui s’oppose au régime turc. Depuis des années, il sensibilise la population et les personnalités politiques belges et européennes à propos des violations des droits de l’Homme en Turquie. En particulier, il dénonce la torture que subissent les prisonniers politiques dans ce pays.
Aujourd’hui, l’Etat belge a choisi son camp : en dépit de nombreux rapports alarmants condamnant la violence de l’État turc, la Justice belge présente ce pays comme une démocratie et fait passer les opposants politiques au régime d’Ankara pour des criminels. Au moment ou l'Union Européenne se fait hésitante à l'intégration de la Turquie parce que l'État de ce pays est reconnu pour ne pas respecter les droits de l'Homme ni les libertés, la Belgique, condamne ceux-là mêmes qui dénoncent les atteintes de l'État turc aux droits et à sa population.
Cette décision et les lois qui l'ont motivée représentent l'assassinat de nos libertés d'expression et de contestation. De ce fait, la Justice n’est pas impartiale mais politique, ce qui est notamment rendu possible par l’usage de la loi “antiterroriste” belge de 2003, inspirée par les lois de G.W.Bush. Bahar Kimyongur en est la victime. Mais ce qu’il vit actuellement menace toute personne qui entend contester, protester dans notre pays. Personne n’est à l’abri de ces lois liberticides. Les appareils répressifs et judiciaires ont maintenant à leur disposition un précédent judiciaire qui permet de mettre en prison pour de longues années, des personnes qui n'ont commit aucun délit. Après Bahar et ses compagnons, qui suivra ? Les syndicalistes, les altermondialistes, les représentants du monde associatif, les étudiants, les intellectuels, les travailleurs en lutte ?...
Voilà ce qu’il vous attend :
• Bahar Kimyongür a failli être remis secrètement par les autorités belges entre les mains des tortionnaires turcs dont il dénonce les crimes. La Belgique va à l’encontre de ses propres lois pour satisfaire les exigences d’un régime autoritaire.
• Bahar Kimyongür va passer cinq années en prison alors qu’il n’a commis aucun délit en Belgique, en Turquie ou ailleurs ; qu’il n’a fait qu’exprimer un point vue critique et qu’il s’est organisé en conséquence.
• Au moment où nous écrivons ces lignes (*), Bahar Kimyongür est coupé du monde extérieur depuis son incarcération dans la nuit de mardi à mercredi, sans que personne ne sache où il se trouve exactement. Il subit des conditions de détention inhumaines et dégradantes ? Certainement la torture par l’isolement. Notre Etat expérimente ainsi un «Guantanamo à la belge» afin de casser psychologiquement et physiquement les prisonniers politiques ?
Réagissons, revendiquons la «Liberté pour Bahar» ! Participez aux actions du Clea !
Concrètement, vous pouvez
(*) Nous apprendrions quelques jours pluis tard que Bahar Kimyongür avait passé plus de douze heures d'enfer dans un cachot froid et insalubre avant d'être transféré, toujours en état d'isolement, vers une cellule un peu plus décente.
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Le 25 mai prochain, le procès DHKC -dans lequel Bahar, Musa, Sukriye, Kaya... sont à nouveau passibles d'un total de 37 ans de prison- recommencera depuis le début.Dans l'affaire DHKC, c'est le militantisme que l'Etat belge cherche à criminaliser et c'est donc le monde du Travail dans son ensemble qui doit se sentir menacé par ce procès. La « crise » ravive le conflit séculaire entre le Capital et le Travail : ni les astreintes, ni les écoutes ; ni les matraques, ni les lois antiterroristes ne pourront y mettre fin.
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Reprise du procès DHKP-C à la Cour d’appel de Bruxelles : Rassemblons-nous dès 8h30 le 25 mai pour marquer notre solidarité avec ces militants victimes des lois liberticides !
• Notez la date dans votre agenda, ces militants ne doivent plus retourner en prison !
N'oublions pas :
Le lundi 25 mai 2009, à 9h., reprendra le procès DHKP-C à la Cour d'appel de Bruxelles (rassemblement dès 8h30). La saga judiciaire se poursuit donc après trois jugements de fond et deux cassations.
Dans cette affaire, renvoyant devant les juges des membres présumés d’une organisation révolutionnaire turque que la police belge présente comme terroriste, deux camps s’opposent. Le procureur fédéral est le représentant de la doctrine propagée suite au 11 septembre par George W. Bush. Sous couvert de «guerre mondiale contre le terrorisme», il s’acharne à criminaliser des militants en mettant à mal des droits et libertés pourtant protégés par la Constitution belge.
Face à lui se rassemblent des citoyens attachés à la liberté d’expression et à la liberté d’association. En marquant leur solidarité avec des opposants politiques au régime d’Ankara, ils rappellent qu’en ces temps de crise du système, contester les injustices sociales s’avère plus que jamais nécessaire.
Nous refusons d’être muselés ! Nous refusons de nous taire ! Nous exigeons l’abrogation des lois liberticides !
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Le lundi 25 mai, reprendra le procès DHKC à la Cour d'appel de Bruxelles. Bahar, Musa, Kaya, Sukriye y sont à nouveau poursuivis par le procureur Delmulle. Etre présents en nombre au Palais de Justice de Bruxelles pour soutenir ces militants, constitue la meilleure façon de s'opposer à la loi « antiterroriste » et d'éviter un précédent judiciaire fatal pour tous ceux qui contestent l'ordre établi. « Tous au Palais »
VENEZ NOMBREUX ! Bahar, Musa, Sukriye, Kaya ne sont ni des malfaiteurs, ni des criminels, ni des terroristes. Luttons pour que ces militants ne retournent pas en prison !
S'exprimer, s'organiser, contester : ce n'est pas du terrorisme !
Le Comité français des libertés vient de publier un appel à la
solidarité avec les détenus politiques d'origine turque Ilker ALCAN et
Sefik SARIKAYA. Tous deux paient chèrement le prix de leur engagement
en faveur d'une Turquie indépendante, démocratique et socialiste. Ilker
ALCAN est un journaliste issu de la prestigieuse université de
Galatasaray. Il passa de nombreuses années dans les prisons turques et
survécut aux plus atroces tortures. Sa soeur Nilufer Alcan elle, périt
avec 5 autres prisonnières dans les flammes boutées à leur dortoir de
la prison de Bayrampasa par les militaires, durant l'assaut sanglant du
19 décembre 2000, une opération destinée à déporter les détenus
politiques vers les prisons cellulaires de type F. Militant politique
infatigable aux origines turques et arméniennes, Sefik Sarikaya est
connu et respecté dans l'émigration anatolienne pour sa générosité et
son humilité. Il a passé près de dix ans dans les prisons françaises
pour son appartenance au DHKP-C dans une précédente affaire
politico-judiciaire.
N'hésitons pas à leur écrire. Ilker ALCAN N° 367 643 D4 Maison d'Arrêt de Fleury-Merogis 7, Avenue des Peupliers 91705 SAINTE GENEVIEVE DES BOIS / PARIS
Sefik SARIKAYA N° 289706 Cellule 1/107 Maison d'Arrêt de la Santé 42, Rue de la Santé 75014 PARIS - France
Ilker ALCAN et Sefik SARIKAYA Jugés en France pour leur opposition au régime fasciste d’Ankara
Le
9 juin et le 20 octobre 2008 à 6h du matin, les commandos de la SDAT
(Sous-direction anti-terroriste) firent irruption dans plusieurs
domiciles ainsi que dans les locaux de l’Association anatolienne de
culture et de solidarité de Paris. Cette intervention policière fut
d’une rare violence : portes brisées, appartements saccagés, femmes et
enfants plaqués au sol, armes pointées sur les tempes… Au total, 13
personnes ont été mises en garde à vue et en examen. Cible de cette
opération: une association culturelle ordinaire ainsi que ses
adhérents, qui défendent depuis des années les droits des travailleurs
immigrés originaires de Turquie et qui s’opposent au régime fasciste
d’Ankara. Tous sont accusés d’association de malfaiteurs en relation
avec une entreprise terroriste. Mais les véritables chefs
d’inculpation sont la tenue de manifestations, de conférences de presse
parfaitement légales bénéficiant de l’accord de la préfecture et la
vente de l’hebdomadaire Yürüyüs (La Marche), une publication de gauche imprimée et distribuée légalement, même en Turquie.
D’après
le juge d’instruction : « les actions qu’ils mènent sont légales, mais
servent à soutenir des réseaux clandestins hostiles au régime en
Turquie. Par conséquent, leurs actions doivent être considérées comme
terroristes et poursuivies en vertu des lois anti-terroristes. »
En
réalité, nos camarades sont en prison pour leur opposition au régime
fasciste d’Ankara, pour avoir défendu les libertés d’expression et
d’association, pour avoir lutté contre des lois et des mesures
antidémocratiques, pour avoir soutenu les travailleurs licenciés, les
droits des étudiants, en somme, pour avoir défendu les sans-droits, les
opprimés et les exploités. Malgré l’absence de preuves, malgré le
fait que les perquisitions n’aient révélé aucune activité illégale,
Ilker Alcan et Sefik Sarikaya sont détenus depuis le 9 juin 2008. Treize
autres personnes ont été placées sous contrôle judiciaire avec
l’interdiction de quitter le département où ils résident, de rencontrer
leurs co-inculpés, de se rendre dans des associations fréquentées par
des gens originaires de Turquie, de lire des revues de gauche imprimées
en Turquie, mêmes légales. Depuis 2006, on observe une augmentation
sensible des poursuites judiciaires, des opérations de filature et des
gardes a vue en France. Il y a actuellement près de 1.200 prisonniers politiques dans les prisons françaises, et ce nombre s’accroît constamment. Pourtant,
ce qui se fait au nom de la guerre contre le terrorisme, n’a rien à
voir avec l’objectif déclaré. Il s’agit en réalité d’une guerre contre
des droits et des libertés fondamentales acquises au prix de grands
sacrifices.
L’ANTIFASCISME, UN ENGAGEMENT LÉGITIME
Si
les militants poursuivis ont fait le choix de lutter, ce n’est pas par
plaisir mais par sens du devoir et par humanisme. La répression ne les
empêchera pas de poursuivre un combat qu’ils considèrent comme légitime. La
France entretient des rapports politico-économiques privilégiés avec la
Turquie .C’est par souci de ménager ces relations que la France répond
aux exigences de l’Etat turc. En réalité, au-delà du sort des 13
antifascistes originaires de Turquie, le procès politique dont il est
ici question, a pour enjeu la sauvegarde voire la survie des droits et
des libertés fondamentales dans la patrie des droits de l’homme. Le
peuple français qui a remporté de glorieuses luttes contre la tyrannie
et contre le nazisme ne mérite sans doute pas un tel affront que celui
de voir son pays collaborer avec un Etat fasciste. D’autant que le
juge chargé de l’affaire s’est rendu en Turquie pour recueillir des
preuves à l’encontre des inculpés. Ce dernier a été jusqu’à intimider
l’imprimeur du quotidien légal « Yürüyüs » à Istanbul ! En Turquie,
la lutte pour la démocratie n’a jamais pu être anéantie, malgré les
juntes militaires, la torture, les exécutions extrajudiciaires, les
disparitions politiques et les massacres. Et voilà que l’Etat français
se met à encourager nos bourreaux dans notre pays d’origine. Nous
pensons que les magistrats qui agissent au nom de la France n’ont pas à
jouer ce rôle infâme et à rendre ainsi la population française complice
de leurs agissements. Quoiqu’il advienne de nous, nous continuerons
à défendre nos droits, dont les libertés d’expression et d’association,
aux côtés du peuple français.
A ceux qui, en France, veulent nous bâillonner, nous demandons : Est-ce un crime en France que d’être antifasciste ? Est-ce un crime en France que de dénoncer les crimes de l’Etat fasciste qui sévit en Turquie ? Nous exigeons de la part des tribunaux français : - La fin de leur collaboration avec le régime répressif en Turquie au nom des intérêts économiques qui lient les deux pays. - L’annulation de l’instruction visant nos camarades et leur libération - La fin des poursuites contre les révolutionnaires anatoliens sur le territoire français - L’arrêt de l’utilisation de la loi anti-terroriste contre les militants politiques - La libération de tous les détenus politiques
Résister contre le fascisme n’est pas un crime
Liberté pour Ilker et Sefik
Comité des libertés - France comitedeslibertes@gmail.com
L’artiste dersimi, Yilmaz Celik, revient en solo 6 ans après son album « Pirbab », avec un nouvel album intitulé « BIYA DÜRI » contenant 12 chansons. Dans cet album l’artiste fait revivre des archives en reprenant des chansons de Ûsen Doganay, Garip Sahin, Asik Daimi, Davut Sulari, et Ozan Emekci . La chanson « Biya Düri » a été composée par l’artiste lui-même.
Contenu de l’album « Biya Düri » :
1/ Biya Düri
2/ Sire
3/ Yoldas
4/ Demenu
5/ Oy Mahmud
6/ Dûna
7/ Oy Meleme
8/ Yoldas
9/ Meke Meke
10/ Deste Ma Kelepçede
11/ Benim Bir Derdim Var
12/ Thembure
L’album est distribué par Iber Müzik avec le soutient de Aydin Öztürk .
Arrangeur : Erdal Erzincan
Studio : ASM
Orchestre :
Baglama : Erdal Erzincan
Davul - Rythme : Arif Sag
Guitare : Seyhmus Fidan
Mey Balaban : Ertan Tekin
Kaval : Murat Toraman
Basse Guitare (pour Themburi) : Eylem Pelit
Kabak Kemane : Göktug Celik
Temburi-Bateri : Volkan Öktem .
COURTE BIOGRAPHIE DE YILMAZ CELIK :
Yilmaz Celik est né en 1969 à Ovacik ( Dersim) . Il étudie à Ovacik jusqu’à sa première année de collège. Il s’installe en Suisse en 1980 où il termine ses études. Il y vit toujours aujourd’hui.
Il joue du Baglama dès l’âge de 7 ans. En 1984, il joue dans les mariages et quelques concerts avec son groupe composé de ses trois amis. En 1988, il retourne en Turquie où il sort son premier album « Ceke Ceke – Hal Yamano » chez ASM Mûzik. Trois mois plus tard, son album est retiré de la vente et interdit car il contient plusieurs chansons en Zazaki.
Il revient en 1991 avec l’album « Gelin canlar Bir Olalim, Dayê Dayê » (ASM Mûzik) puis « Weyve Weyve » en 1994, « Mezela Seyîde mi » en 1997, « Kilara, Yaprak Aglar Dal Aglar » en 1999et enfin « Pirbab » en 2002.
Yilmaz Celik intègre « Türküler Sevdamiz » en 1999 et participent ainsi aux deux derniers albums « Türküler Sevdamiz 2 » (1999) et « Türküler Sevdamiz 3 » en 2005.
« Lorsque j’ai écouté Yilmaz, il m’a tellement et profondément touché que je me suis senti dans un village de Dersim blessé par de tristes souvenirs. »
Dursun Karataş, secrétaire général du Parti révolutionnaire de libération du peuple (DHKP) et figure éminente de la lutte antifasciste et anti-impérialiste en Turquie, s’est éteint le 11 août dernier aux Pays-Bas, des suites d’un cancer.
Il n’avait que 55 ans et pourtant, avec les 38 années de sa vie passées dans les premières lignes de la lutte, il était l’un des doyens de la gauche turque. Dans un pays où, en raison de la terreur d’État, « les morts restent jeunes » comme dirait Anna Seghers, où la génération militante des années 70, est massivement rentrée dans les rangs du système, Dursun Karataş était une exception, un homme à la volonté d’acier dont on retiendra les discours enflammés dans les tribunaux de la junte fasciste du 12 septembre 1980.
Sur 38 années de militance, il en a passées 10 sous les feux du terrorisme d’extrême droite qui ensanglantait les rues durant les années 1970. D’origine kurde, le jeune Karataş dirige la lutte des lycéens et puis des étudiants universitaires tout en organisant la résistance des habitants des quartiers populaires pour le logement et des milices d’autodéfense contre la terreur des Loups Gris. En 1978, il fonde Devrimci Sol (Gauche révolutionnaire), un mouvement communiste de guérilla urbaine. Quelques semaines après le coup d’État de 1980, il est arrêté, torturé puis incarcéré à la prison militaire de Selimiye. En captivité, Karataş lance un mouvement de désobéissance à outrance pour contrer le programme de réhabilitation des prisonniers résistants élaboré par la CIA et destiné à pacifier les forces de gauche. Il participe à plusieurs longues grèves de la faim, dont celle de 1984, contre le port de l’uniforme. En 1989, il s’évade de la prison de Bayrampaşa. La police lance un ordre de l’abattre sur-le-champ. En avril 1992, son épouse, Sabahat Karataş, membre du comité central de Devrimci Sol, ainsi que plusieurs dirigeants du mouvement, sont abattus dans une embuscade de la police à Istanbul. Il vivra de 1989 à sa mort, soit pendant 19 ans, dans des strictes conditions de clandestinité sous la menace permanente d'être abattu par des malfrats à la solde de l'État turc.
Confronté à une crise interne déclenchée par les nombreuses pertes humaines des suites d'opérations policières, le mouvement Devrimci Sol qu’il dirige renaît de ses cendres en 1994 sous le nom de Parti révolutionnaire de libération du peuple (DHKP). Il s’agit d’un parti clandestin doté d'un front regroupant plusieurs secteurs de lutte (culturel, syndical, étudiant, associatif, carcéral, droit des minorités, militaire...), le DHKC. Il en est nommé secrétaire-général. Mais à partir de 1998, il est confronté à un cancer du foie, qui s’étend aux intestins, aux poumons et finalement au cerveau ce qui ne l’empêche pas de continuer à diriger son parti jusque 6 jours avant sa mort.
Décédé le 11 août, sa dépouille a été rapatriée en Turquie le 13 et inhumée le 15 dans le quartier stambouliote de Gazi. Ce jour-là, près de 15.000 manifestants se sont réunis pour lui rendre un dernier hommage. De nombreux représentants de partis progressistes étaient présents aux funérailles parmi lesquels le parti communiste (TKP) et le parti pro-kurde (DTP).
DOSSIER ARMENIENS de TURQUIE : Aynur Dogan (le 22/08/2008 à 00h41)
DOSSIER ARMENIENS de TURQUIE : Aynur Dogan Publié le : 29-07-2008
par Edik Baghdasaryan , Hrant Gadarigian
Traduction Didier Torossian
Pendant que nous visitions Istanbul, Gayaneh Chalukian et son époux Jan Gavrilof nous ont invités au concert du 15ème anniversaire de l’ensemble “Kardes Turkuler”. Le concert a eu lieu dans le théâtre colossal en plein air d’« Arena » sur les rives du Bosphore. Leman Sami a aussi chanté la chanson arménienne « Bingyol ». En Arménien, en Turc, en Kurde, en Arabe, en Roumain (Gitan), les chants ont littéralement fait vibrer l’Arena sur ses bases.
Q – Quelles sont vos racines ? D’où venez-vous ? R – De la province de Tunceli (qui s’appelait Dersim ou « la porte d’argent » en Kurde jusqu’en 1936). Cela fait partie des hautes terres d’Arménie où certaines églises arméniennes peuvent y être trouvées.
Q – Est-ce que des Arméniens vivent encore là-bas ? R – Une partie vit en tant qu’Arméniens « Kurdifiés ». Pendant le génocide, les Kurdes de Dersim ont protégé les Arméniens, en demandant quelquefois de l’argent pour le passage et les ont guidés au travers des montagnes vers la zone contrôlée par les Russes de l’autre côté. Après de longues périodes à vivre côte à côte, ces Arméniens ont pu devenir kurdes si ce n’est leurs noms qui n’ont pas changé. Il existe encore des villages habités uniquement par des Arméniens, mais ils ne s’appelleront jamais eux-mêmes « Arméniens ». Mais les Turcs et les Kurdes qui les entourent savant qu’ils sont arméniens.
Q – Et d’où viennent vos ancêtres ? R – La plupart du temps, les Kurdes appartiennent à des clans tribaux. Notre famille n’en avait pas et je ne peux pas exactement dire mes origines. Qui sait, peut-être que mes ancêtres étaient aussi Arméniens.
Q – quand avez-vous commencé à chanter ? R – Je suis à Istanbul depuis 15 ans maintenant. Ma carrière musicale a commencé ici. Nous, les Kurdes, avons une tradition de « femmes pleureuses » qui chantent des lamentations lors de funérailles, etc. J’ai grandi dans cette musicalité en tant qu’enfant et cela a construit les bases de mes chansons. J’ai pris l’habitude de chanter avec ces femmes quand je rentrais au village. La tradition religieuse Alevi s’est constituée autour de la chanson et de la danse, et cela symbolise le fait de sortir de soi et de s’unir à Dieu. C’est comme cela que nous avons été élevés. La musique est sacrée pour moi et aussi naturelle que de boire un verre d’eau.
Q – Est-ce que les hommes et les femmes prient ensemble lors des cérémonies religieuses Alevi ? R – Les Alevis ne sont pas comme les autres Musulmans. La femme est la mère, le chef de famille et est considéré comme l’égale de l’homme. Nous avons une coutume ; quand une femme jette son voile sur le sol, cela signifie qu’elle met fin au débat, plutôt que d’argumenter ou de se battre, etc. La femme a le mot de la fin.
Q – Étant donné que les Kurdes doivent faire face à des problèmes avec les Turcs, comment parvenez-vous à organiser des concerts ? R - Il fut un temps où la langue Kurde était interdite. Grâce à la pression européenne, l’interdiction a été levée légalement. Les pressions ont faibli ces 4 ou 5 dernières années. Au moins, nous pouvons chanter en Kurde en public. Mais le gouvernement ne nous soutient absolument pas. Au contraire, il fait tout ce qu’il peut pour nous mettre des bâtons dans les roues. Le Ministère de la Culture trouve encore des moyens de nous empêcher de développer notre vie culturelle. J’ai joué sur des scènes de différents pays, mais je n’ai jamais donné de concert en solo en tant que femme en Turquie. D’abord, parce que je n’ai pas de sponsor et ensuite, parce que je n’ai aucun soutien du gouvernement.
Q – Vous chantez aussi en Turc, n’est-ce pas ? R – Oui, je chante aussi quelques chansons en Turc. C’est la langue dans laquelle j’ai été élevée. Mais mon identité, mon monde intérieur, sont kurdes.
Q – Qui pensez-vous avoir comme public en Turquie ? R – Je chante en Kurde dans les villages et dans les petites villes. Je n’ai pas pu donner de concerts dans de plus grandes villes. Je suis très connue hors de la Turquie. Ici, je n’ai jamais pu organiser de concert dans les villes d’Istanbul, Ankara et Izmir. Du coup, je ne peux pas dire quel est le genre de public urbain que je peux avoir.
Q- Arrivez-vous à jouer sans difficulté dans les villages ? R- Oui, mais quelquefois, c’est plutôt une corvée. On pourrait penser que je suis une terroriste, à la manière dont je suis traitée. Lorsque je suis près de participer au festival à Moush, la police me réclame mes papiers de résidente, etc.. Je dois remplir plusieurs formulaires et expliquer les raisons de mon récital avant de pouvoir le faire. En d’autres termes, le Ministre de l’Intérieur doit d’abord donner son accord avant que je puisse aller là-bas et chanter.
Q – Est-ce que cela veut dire que vous représentez une menace pour le gouvernement ? R – En Turquie, tous les groupes ethniques représentent une menace potentielle pour la majorité Turque. Aujourd’hui, le destin des Arméniens et des Alevis est lié. Ils l’ont fait pour les Arméniens par le passé. Ces trente dernières années, ils ont oppressé la communauté Alevi. Nos villages ont été imbibés de sang. Ils ont brûlé nos villages et tout détruit. Ils appliquent la même politique aujourd’hui.
Q – Où avez-vous joué en dehors de la Turquie ? R – En Irak, partout en Europe. Aussi en Roumanie, où se trouve une communauté Kurde importante. Ainsi, cette année, je prendrai part à un festival organisé par Peter Gabriel aux îles Canaries.
Q – Les chansons de votre répertoire parlent de quoi ? R – La chanson Kurde parle de guerre, d’amour et de tristesse. Généralement parlée, la musique kurde est plutôt diversifiée. Allez en Iran et ce sera quelque chose de totalement différent. C’est tout aussi différent en Irak, en Arménie, dans les villages de Turquie ou de Syrie. La musique a ses propres signes distinctifs, peu importe où vous allez. Je serais incapable d’en dire plus à ce sujet. C’est comme si tout avait déjà été dit. « L’amour m'a rendue folle. Ils me trouvent folle mais c’est l’amour qui m’a rendue comme ça. Quand je récite ces mots sincères à quelqu’un, ce quelqu’un pense que je viens juste de m’échapper de l’asile ». Ces mots sont chantés depuis des centaines d’années. Il existe beaucoup de mystères énigmatiques concernant notre histoire et seulement une partie précieuse est parvenue jusqu’à nous au travers des années. Mais ces dernières années, particulièrement à partir du moment où les Kurdes et les Arméniens ont commencé à faire du bruit, nous avons constaté une explosion culturelle assez énorme. En réalité, il y en aura d’autres si celles-ci sont autorisées. De plus, cela sera bon pour la Turquie, un pays qui possède une riche diversité de cultures dans ses frontières. Dans ce pays, « pour le faire », vous devez être Sunnite, Kémaliste et Turc. Cette façon de créer un homme unidimensionnel basé sur ce modèle a généré une quantité de problèmes en Turquie.
Q – Vos proches ont-ils été victimes de répression ? R – Beaucoup en ont subi. J’ai perdu beaucoup d'êtres aimés, particulièrement à Dersim. Je ne parle pas simplement de relations de sang, mais d’amis et de voisins aussi. Nous faisons tous partie d’une grande famille et la perte de n’importe qui d’entre nous est tragique.
Q – Aynur, est-il possible de définir la culture en tant que moyen de lutte ? R – Énormément. La culture, la chanson et la littérature sont les plus solides forteresses permettant de défendre son identité. Il n’y a pas d’école parlant le kurde. Si la culture d’un peuple n’est pas reconnue en tant que telle par la loi, il est proscrit et difficile de la préserver. Le langage permet au moins de conserver notre culture.
Q – En tant qu’activiste culturelle, quel avenir envisagez-vous pour la Turquie ?
R – La Turquie est un pays basé sur le mensonge. Cela prendra longtemps avant que certaines choses bien ancrées ne changent. Il est vital que les différentes communautés soient capables de coexister pacifiquement. Même si le système était revu complètement, il sera difficile d’éradiquer les notions et idées préconçues qui existent au sein des masses.
Je vis à Kurtulus, un quartier d’Istanbul fortement peuplé d’Arméniens. Tout le monde sait que beaucoup d’Arméniens vivent là. Les manifestations du chauvinisme turc sont à la hausse . Par exemple, des hommes défilent avec le drapeau turc et même des types ont jeté des pierres sur les maisons où vivent des Arméniens. J’ai vu cela de mes propres yeux. Il n’existe aucun quartier à Istanbul où l’eau et l’électricité sont coupées une journée entière, comme cela se produit à Kurtulus.
Q – Pensez-vous un jour visiter l’Arménie ? R – Bien sûr, si on m’y invite. J’ai déclaré que j’aimerais y aller et chercher des chansons kurdes dans vos archives radio. Les chansons seront ma première raison de visiter l’Arménie. L’Arménie est le seul endroit où nos chansons ont été préservées de cette manière. Les chanteurs kurdes ont utilisé beaucoup de ces chansons dans leur répertoire. Si l’opportunité se présentait, je visiterais bien entendu l’Arménie.
Yevrobatis vous offre une chanson de Aynur Dogan, qui fut censurée durant plusieurs mois en 2005 : “Keçe Kurdan, signifie " la fille kurde" et "je suis fille de parents kurdes", dit-elle. Mais pourquoi réellement "Keçe Kurdan"? "Pour moi, cela s'explique par la souffrance des femmes dans le monde entier : elles ont toujours été vues comme une deuxième classe. J'ai voulu être l'intermédiaire des femmes kurdes. Les femmes ne veulent plus de violence, elles veulent la paix !"
Le Nouvel Album de Hasan Hüseyin DEMİREL est enfin sortit . Après de nombreuses années d'absences, L'artiste (Musicien Ecrivain) revient avec un nouvel album instrumental "
AŞK COĞRAFYASINDAN ŞARKILAR " ( Les Mélodies de la Géographie de l'Amour) et un livre , " LEYLAK ZAMANLARI " ( Le temps des Lilas) .
Hasan Huseyin Demirel est un célèbre artiste de la "Protest Music" des années 80. Ce célèbre compositeur est né à Ovacik ( Dersim). Il a composé pour de nombreux artistes dont certains qui lui doivent leur succès. Parmi les artistes pour qui a composé H.H.Demirel, on retrouve le célèbre chanteur mythique Kurde, Ahmet Kaya, sans oublier Ferhat Tunç, Emre Saltik, Rahmi Saltuk, Edip Akbayram, Hasret Gultekin et bien d'autres. Hasan Huseyin Demirel est l'auteur de ces "fameuses" chansons qui ont marqué notre enfance ou notre jeunesse, notamment " Halepçe " , " Çekip Gitsem Elinizden ", et " Ay Isigi Yanmayinca " ...
Le nouvel album de H.H. Demirel, s'intitule " AŞK COĞRAFYASINDAN ŞARKILAR " ( Les Mélodies de la Géographie de l'Amour) est un album intrumental . Un album riche en mélodie et instruments, des mélodies venues de Dersim et bien d'autres. Un retour au source, un style particulier et des mélodies émouvantes, une merveille signée Hasan Huseyin Demirel.
Producteur / Compositeur: Hasan Hüseyin DEMİREL
Orchestration & aménagement
: Mustafa YAZICIOGLU
R
ythme & Clavier : Mustafa YAZICIOGLU
St
udio : Ütopia
Tonmaister / Mix
/ Mastering : Erkan AKPINAR
Guitare Electro
: Murat TAMBAY
Clarinnette
: Kirpi Bülent
Kan
oun : Müslüm KARADUMAN
Duduk : Ertan TEKİN
Photographies
: Haldun
ON REMERCIE HASAN HUSEYIN DEMIREL POUR SON SOUTIEN AU PROJET SEYIDERSIMI .
La CEJ (Cour européenne de Justice) vient de se prononcer contre l'inscription du PKK sur les fameuses listes noires de l'UE adoptées après les attentats du 11 septembre 2001 et calquées sur le modèle états-unien [note de l'AFP sur le site d'Info-Türk]. La presse pro-kurde, proche de l'environnement PKK, est la première à se féliciter d'un tel jugement et titre : "CEJ : le PKK n'est pas une organisation terroriste" [Yeni Özgür Politika].
Dans les faits, même si la jurisprudence de cette décision remet les choses en ordre, l'arrêt n'annule techniquement que la décision de 2002. Comme ces listes sont régulièrement "complétées" et "parachevées", il suffit au Conseil des ministres de l'UE d'une simple mise à jour pour passer outre la décision du tribunal et continuer à classer telle personne ou telle organisation comme "terroristes".
Militante du PKK (Photo : Gündem Online)
Il faut rappeler que ces décisions du Conseil des ministres de l'UE n'ont absolument aucune valeur légale, qu'elles sont strictement de nature administrative et qu'aucune instance législative - en l'occurrence le Parlement européen - n'a même été consultée à ce sujet. Elles ont quand même de nombreuses conséquences fâcheuses, notamment dans la suspension aléatoire de droits fondamentaux pour certaines personnes et associations. Mais aussi dans la transformation progressive des États en des régimes nettement plus répressifs. C'est en tous cas, ce qui ressort des conclusions du Conseil de l'Europe. À ce propos, dans Horizons et Débats, il faut lire l'interview de Dick F. Marty qui est rapporteur auprès de cette assemblée et qui a fait voter à une écrasante majorité une résolution critiquant sévèrement l'emploi de ces listes [voir la résolution 1597 et aussi la recommandation 1824 adoptée à sa suite]. La revue publie aussi le communiqué de presse du Conseil de l'Europe qui affirme que les listes noires violent les droits de l'homme. Preuve en est que lorsqu'une assemblée est consultée, elle ne désire pas laisser faire n'importe quoi.
Le cas de l'UÇK (Armée de Libération du Kosovo) est probablement celui qui permet le mieux de comprendre l'inclinaison arbitraire et idéologique de ces listes. D'abord placée comme une organisation terroriste sur la liste du département d'État des États-unis au cours des années 90, elle en a été ensuite rayée quelques temps après, juste avant que l'OTAN décide d'intervenir contre la Serbie. L'UÇΚ devint à ce moment-là la première alliée des troupes occidentales sur le terrain. La suite de l'histoire est relativement bien connue puisque désormais la plupart des pays de l'OTAN reconnaissent l'indépendance du Kosovo, une revendication qui était au fondement même de l'existence de l'organisation, et qu'enfin son inscription sur la fameuse liste du département d'État est une vieille histoire dont personne ne souhaite vraiment se rappeler aujourd'hui.
À côté des organisations qui y étaient et que l'on a retirées quand ce n'était plus compatible avec la politique étrangère des pays atlantistes, il y a aussi toutes les organisations armées et paramilitaires qui n'y figurent pas, qui n'y ont jamais figuré et qui n'y figureront probablement jamais. Souvent des organisations d'extrême-droite nationalistes ou des mafias, dont les crimes contre les populations civiles ne sont pourtant pas des secrets bien cachés.
De cela découle un enseignement majeur : ces listes sont avant tout des listes guidées par une vision idéologique du monde et certainement pas par un jugement à caractère scientifique basé sur une définition universelle et stable qui séparerait à coup sûr le bon grain de l'ivraie. Au contraire, elles ne se font et se défont qu'au regard de la météo géopolitique du moment. Ceux qui les utilisent le savent d'ailleurs fort bien mais ne le font qu'à titre d'autorité.
Mikail Aslan, son retour... (le 29/03/2008 à 00h43)
Koln, le 20 mars 2008, Mikail Aslan, ne cesse de percer les secrets de Dersim, après « Agerayis », « Kilite Kou » et « Miraz », il revient avec son nouvel album intitulé « Zernkut/Simya », composé de treize chansons, comme ses précédents albums celui-ci est aussi signé Kalan Muzik.
Artiste d’origine Dersimîs,Mikail Aslan a déjà travaillé avec de nombreux artistes tels que Kamer Soylemez, Merdan, Yasin Boyraz, Cemil Kocgun et Sinan Akgun, Aynur et Ali Baran, mais aussi dans des villes emblématiques aux frontières de l’occident et de l’orient tels que Dersim, Bingol, Amed (Diyarbakir) et Siverek.
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.UN ARTISTE AMOUREUX DE LA MUSIQUE TRADITIONELLE :
Mikail Aslan se nourrit de sources concessionnaires et mystiques de Dersim, il puise et trouve sa source sur ces terres natales dans les profondeurs des montagnes où il poursuit avec amour son long voyage musical.
Après une quête approfondie et de nombreuses recherches il décide de nommer son album « Zernkut/Simya ».
En français «Zernkut » représente « la personne qui travaille l’or », autrement dit : « le bijoutier », « le joaillier ». Il a rajouté à côté le mot « Simya »qui signifie « l’alchimie ». Le terme « Simya » au sens beaucoup plus élargie désigne « l’art de la transformation ».Cette opération de transformation consiste à rendre les choses incertaines, obscures, plus nets, plus clairs et leur fournir de ce faite parallèlement la valeur de « bon ». L’art du « Simya » n’a pas comme objectif l’invention en elle-même, mais de percer des secrets…
Depuis de nombreuses années, c’est avec une passion acharnée, un enthousiasme sans fin que notre jeune artiste essaie de peindre minutieusement tous les mystères et les richesses de notre culture .Il nous invite à un voyage mouvementé et enrichissant sur les chemins de Dersim, à une quête parsemé de cailloux, de pépites précieuses d’ors, il nous invite à regarder mais aussi à contempler à travers les mélodies et les rythmes de sa musique toutes la beauté de nos paysages et de notre culture.
Cet album « Zernkut/Simya » est la continuité de ce voyage qui a commencé avec les trois précédents, porteur de la trace de l’histoire de Munzur, il est nous livre de nouveaux secrets sur Dersim.
Il répète dans ses mélodies : « Je suis un amoureux de la musique traditionnelle » :
"Bover ra veng dane Gûlizar'ra mi pirdo teniko Qelindê Gûlîzar ê persena Hazar u Ponse seniko Derdê sarî mal û milko, Yê min û tûya geranê binê qirtiko..."
Dans son album dénommé « Kilite Kou » il s’interroge sur l’Histoire et la mythologie d’un peuple; dans « Miraz » il expose l’héritage et la richesse de la culture, et dans « Zernkut/simya » il tente d’éclaircir, de purifier les différentes richesses.
♫.Voici les morceaux qui se trouvent dans l’album :
1. Bimire Esqe Mi (Die, My Love
) Qese: Kamer Söylemez Muzik: Mikail Aslan 2. Iqrardar (Under a Vow) Qese u Muzik: Mikail Aslan 3. Besebeb (Without Reason) Qese u Muzik: Mikail Aslan 4. Dayika Delal (Qurmancı: Good Mother) Qese u Muzik: Paşa ye Efo (Yerevan) 5. Gülizare Qese u Muzik: Doğa Kewci (Dersim) 6. Way Way Ninna Qese u Muzik: Rençber Aziz (Çewlig) 7. Berteng (On The Threshold) Qese: Kamer Söylemez Muzik: Mikail Aslan 8. Mijdani (Good News) Qese: Kamer Söylemez Muzik: Mikail Aslan 9. Duri Mendo (I Stayed Afar) Qese u Muzik: Hüseyin Ayrılmaz 10. Yara Mi (My Love) Qese: Hidir Çelik (Xidire Muska-Gimgim) Muzik: Mikail Aslan 11. Meleme (The Solution) Qese u Muzik: Anonim (Qoçgiri)
12. Dilo Dilo (Heart)
Qese u Muzik: Rençber Aziz (Çevlig)
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.« IL Y A AUSSI DES MELODIES QUI N’ONT PAS ETES DECOUVERTES » :
A la suite de deux ans de travail sur son nouvel album, Mikail Aslan se livre :
« J’ai travaillé sur 3 mélodies : Yerivan, Çewlik et Dersim. Même si ces mélodies sont assez éloignées les unes des autres, elles partagent les mêmes sentiments authentiques et possèdent certains points communs. Des mélodies authentiques on en trouve beaucoup à Diyarbakir, Bingol, Palu, Siverek et Gerger, cependant elle ne sont toujours pas mises en valeur.
Après 12 ans de tristesse passé loin de ma région j’ai enfin eu la possibilité d'y retourner en 2006, je ne fus pas ému. En descendant de l’avion à Istanbul, mes yeux se fermèrent de fatigue, je me suis réveillé l’après-midi avec l’appel à la prière (ezan) et c’est à ce moment là que j’ai enfin réalisé que j’étais à Istanbul. Sans trop perdre mon temps dans cette ville enragée, excitée, coupée par la mer, j’ai continuai mon voyage vers Dersim, la région de mes ancêtres. J’ai eu l’impression que cela faisait plus de soixante-dix ans que je ne m’étais pas rendu dans ma région.
Ensuite lorsque nous sommes arrivés à Sorpiyan, j’ai demandé à mon ami Yusuf de me faire descendre et j’ai vu en face de moi Mazgirt, et les montagnes de Mameki : c’était ici que le Pir Usêne fut emmené à la pendaison, c’est là qu’il se r
etourna une dernière fois pour contempler Welat. Je me suis agenouillé et embrassé le sol en rendant hommage à Usêne Sêydi, Seyit Rıza et tous ceux qui sont morts pour Dersim.
Dans ces terres que nos ancêtres qualifier de « derviches » on y trouvait un sentiment de pureté, chaque montagne, chaque vallée avait une beauté à par entière ; il y régnait une atmosphère de mythologie, de conte. C’était comme un pays perdu dans un pays, un pays condamné par la défaite des schahs (Şah), les révoltes sans succès, les éthnies perdus, les destins des exilés.
Mîjdanîa to bidime kamî? A qui doit-on donner la bonne nouvelle de l’arrivant ? Dans cet endroit où l’on contemple les chemins beaucoup de garçons et de filles les ont traversés sans retour. J’y étais retourné dans un temps où ceux qui partaient ne revenaient plus, et ceux qui restaient n’avaient plus d’espoir. Ma colère s’était mêlée à ma joie. Les villages où nous étions nés et où nous avions grandi étaient plongés dans un silence total.
Je devais d’abord rendre visite à Fırık Dede
qui vivait à Ovacik. Je suis allé et je lui ai embrassé la main, et il m’a attendri avec ses paroles divines. Ensuite, nous nous sommes rendu sur le chemin menant à Xozat. J’ai trouvé ce que je cherchais dans la voix des enfants qui chantaient tous en cœur « Elqajîye »…oui, les enfants s’étaient emparés de Mîraz ! Autrefois, tous les enfants avaient au mois une douzaine d’amis avec lesquels ils jouaient, maintenant les villages sont vides et chacun court derrière son ombre. Le grand Welat qui existaient depuis des siècles été aujourd’hui abandonné.
Mes retrouvailles avec Firik Dede étaient importantes pour moi : durant les derniers jours de ma visite il n’avait pas la force de parler, de toute façon, il ne voulait pas parler. Lui et ses amis s’étaient jurés de ne pas raconter leurs aventures. Peu à peu, chacun d’eux avaient abandonné la vie dans une chambre située au fond de la maison sans prendre, ni donner leur consentement à quiconque.
Comme des tablettes d’une importante histoire accrochées sur un mur leurs écrits n’ont pas pu être lu…oui, les grands Pir auxquels nous étions si attachés avaient tourné le dos à la vie. Leurs secrets résidaient dans ces montagnes mystérieuses : peut-être qu’ils sont devenus des cendres aujourd’hui..La patience de la pierre se cristallisait avec le temps, pour atteindre une beauté rebelle, les tablettes attendaient seulement le moment de revoir enfin la lumière du jour .Tel la recherche poussée d’un alchimiste tous ces trésors, ces secrets, ces pierres précieuses enfouis n’attendent que d’être trouvés.
« Porter le talent, l’art et la précision du Zernkut »
c’est avec cette assiduité que je suis passé de « Agêrayîs » à « Kîlitê Kou », et de « Mîraz » à « Zernkut ». C’est en suivant ces traces inconnues que j’y suis arrivé. Même si cette recherche m’a souvent conduit au fond d’un gouffre, j’y ai trouvé au plus profond dans ses échos les clames de ces mélodies.
Les plus belles chansons de l’album sont écrites pas Kamer Soylemez. Je tiens à remercier Hasan Saltik qui m’a soutenu dans les démarches pour retourner en Turquie,mes amis de l’Ensemble Dieter Schmalzried et Michael Weil, mais aussi Cemil Koçgün, Zafer Küçük et Yasin Boyraz qui m’ont beaucoup aidé sur le plan musical. Je voudrais notamment remercier Seyîtxan Kuruj qui m’a apporté son aide sur les textes d’Ozan Rençber Aziz, ainsi que Merdan pour sa patience et son aide lors des travaux au studio,et
Emirali Yağan pour m’avoir écouté et soutenu moralement.
Berxudar be, weş u war be »
Centre musical Huseyin Karakus (le 18/03/2008 à 13h08)
♪ .Le célèbre artiste de Chanson Populaire Anatolienne, Huseyin Karakus, notamment connu à travers ses célèbres compositions « Adi Deniz olmali », " Sen Munzursun", "Yarali Ceylan", " Yar Yar", "Ask Ile" ... vient d’ouvrir un centre musical .
♪ .Cours de Baglama (Saz), Violon, piano, solfège et bien d'autres encore ,ainsi que la vente d’instruments sont à votre disposition.
Pour l'adresse, se renseigner auprès de :
♫ . seyidedersimi@hotmail.fr
♪ Halk Muzik Sanatçisi, "Aşk İle", "Yaralı Ceylan", "Yemen Türküsü", "Gül Yüzlüm Gül Destim", "Tellah", "Yar Yar", « Adi Deniz olmali », " Sen Munzursun", gibi dilden dile, gönülden gönüle akan birçok türküye imzasını atan Hüseyin Karakuş , "müzik üretim merkezi» açti.
"Tahtaya takılan at kuyruğunun çıkardı ezgilerin hanedanlığında aşkın ordusunun kendisi olmaya gayret gösteren küçük bir eğitimci grup arkadaşla bildiklerimizi paylaşmak istedik ruhu güzel olan her kişi ile.
Dershanemizde nota bağlama keman gitar piano ud kabak kemane dilsiz kaval zurna dikte diksiyon ve konservatuvara hazırlık dersleri veriyoruz. "
ilgilenen herkesi müzik üretim merkezimize bekliyoruz.herkesi sevgiyle saygıyla selamlıyoruz
La question des minorités en Turquie sur Euronews (le 27/02/2008 à 17h11)
La question des minorités en Turquie sur Euronews
Euronews vient de consacrer un reportage sur la question des minorités en Turquie. Étant donné la rareté avec laquelle ce thème est abordé, comme plus généralement la question des Droits de l'Homme dans ce pays, on s'en frotte d'avance les mains. Cependant, on regrettera certaines imprécisions même si elles sont mineures.
Bahadir Kaleağası, est parfait dans son rôle de représentant de la TÜSIAD (patronat turc et lobby très actif à Bruxelles), c-à-d celui de faire passer des vessies pour des lanternes. La Turquie répondrait déjà "suffisamment" aux critères démocratiques et ne nécessiterait seulement qu'un changement technique sur l'article 301 du code pénal. Ce que recherche la TÜSIAD est évidemment l'adhésion le plus tôt possible pour l'ouverture des douanes et des marchés européens, tout en s'appuyant sur une main-d'oeuvre malléable à souhait, à moindre prix, le tout avec des profits énormes à la clé. Pour atteindre cet objectif, ils sont en fait prêts à tous les mensonges même les plus énormes.
Ce ne serait pas aussi grave si la médiatisation de l'article 301, y compris dans la presse occidentale, ne véhiculait à peu près la même idée sous-jacente, à savoir que la Turquie serait vraiment sur le chemin de la démocratisation avec sa seule suppression, ce qui s'avère évidemment très éloigné de la réalité. Un autre aspect qui falsifie la réalité est le fait de faire passer le projet de nouvelle constitution comme forcément à vocation démocratique. Ce reportage part en effet de l'initiative du PSE, de l'ADLE et des Verts du Parlement européen qui organisent ensemble une conférence début mars.
Pour rappel, Abdullah Gül, alors qu'il faisait campagne auprès des principaux partis de l'opposition pour son élection à la présidence en août dernier, avait déclaré qu'il veillerait et resterait fidèle aux quatre premiers articles de la Constitution, aux principes fondamentaux de la République et à la philosophie de son établissement [Radikal]. Il avait ainsi marqué l'attachement de l'AKP à ce qui constitue la base juridique même du monolithisme d'État. Exit donc tout espoir d'assouplissement envers les minorités à court terme.
Le reportage a toutefois le mérite de donner la parole à deux figures majeures de l'opposition en exil en la personne de Doğan Özgüden, président de la fondation Info-Türk, et de Derwêş Ferho, président de l'Institut kurde de Bruxelles.
L'affirmation selon laquelle les Kurdes n'ont toujours pas le droit de parler leur propre langue et d'avoir leurs propres écoles privées (sic!) alors même qu'on reconnaît qu'ils auraient droit à certains médias sent malheureusement le reportage trop vite bâclé sur un sujet ô combien important et central.
L’armée serait-elle enfin passée à l’action? Oui et non. Le premier ministre Erdogan avait confirmé vendredi que le conseil ministériel du 28 novembre avait donné le feu vert à l’Etat major pour conduire des opérations contre le PKK en Irak. Les fameuses “opérations de nettoyage”, solution miracle au problème kurde, imminentes depuis des mois et des mois.
L’armée turque a annoncé solennellement samedi après-midi avoir mené une incursion en territoire irakien. Une attaque menée depuis la ville frontalière de Cukurca, vers les montagnes du Nord du Kurdistan d’Irak, où seraient encore retranchés des membres du PKK. Selon le communiqué de l’Etat major, 50 à 60 “terroristes” auraient été châtiés. Une centaine de commandos militaires et quelques hélicoptères auraient franchi la frontière pour une opération éclair. “Une puissante attaque” dit le site de l’armée. Si l’armée le dit…
Côté irakien, comme chez les Américains, on minimise. Les forces turques ont déjà mené quantité d’opérations de ce type. Ce soir, les soldats sont rentrés à Cukurca. Mais “si nécessaire”… On connaît la suite