Oldiblog

Fermer
  Créer son blog KaZeo     Rap et RnB     Communauté Ados     Créer un blog gratuit Samedi 28 novembre 2009   St J. de la March  
Seyidersimi dersim et sa région
Accueil Photos Jeux Flash Livre d'or Contact
 A PROPOS DE MOI
  Pseudo : gelekanli
  Me contacter
  En savoir plus sur moi
 
 RUBRIQUES PERSOS
  > seyidersîmi, l'équipe
  > rojname (journal)
  > la région
  > les villages...
  > le génocide (1938)
  > les tribus (asiret)
  > docs sur dersim
  > association culturelle munzur
  > videos
  > reportages
  > ferheng zaza-tîrki-fransîz
  > munzur'uma dokunma !
  > culture musicale
  > biographies
  > divers
  > news evennements
  > ecrits
  > xeylas, un mystère...
  > mikail aslan
  > ahmet aslan
  > cinéma
  > politique
  > littérature
  > archive dersimi
  > archives/presses
  > cours de zazaki
  > association culturelle pir sultan abdal (annecy)
  > le problème kurde
  Et des dersimlis regardent le monde...
  Radyo hozat fm
 
 STATISTIQUES
  5 connecté(s)
  97272 visiteurs
Depuis le 22/08/2006
 
 NEWSLETTER
 
  > REPORTAGES
Page 1 2  
 Sommaire des articles de cette rubrique
   
 METIN & KEMAL KAHRAMAN (le 12/09/2007 à 17h05)

Vous représentez aujourd’hui un pilier important de la musique en Turquie et au Kurdistan. Vous avez commencé votre chemin avec le Grup Yorum. Pouvez-vous nous expliqué votre parcours jusqu'à aujourd’hui ?

 

A Dersim, à peu près toutes les familles ont un lien avec le saz. C’était notamment à cause de ma relation avec le saz que je me suis retrouvé emprisonné un 12 septembre. J’ai commencé à davantage m’exprimer avec mon instrument à partir de 1984 lorsque j’étais encore étudiant à l’université de Marmara, dans la branche de la Communication. Comme vous le savez, le début des années 80 a été marqué par un large mouvement politique : les arrestations, les emprisonnements, les censures… Mon instrument m’a été un remède face à tous ces évènements très décevant et révoltants. Lorsque j'étais au lycée, nous nous occupions, sous une certaine autorisation de l'affiche de journaux muraux. Mais lorsque je suis arrivé à l'université, nous n'avions même pas le droit de jouer aux échecs ou encore au ping-pong. Il était même interdit de croiser 3 étudiants en train de discuter. J'étais spécialisé dans la branche de la Radiotélévision.

Face à la dépolitisation du 12 septembre, nous avions crées des travaux collectifs, des clubs favorisant le dialogue social. A cette période, nos opinions sur la création de telles relations via des activités (telle la musique le théâtre, la danse) avaient rassemblé 60-70 personnes. Une année plus tard, après une représentation de fin d'année, l'effectif du nombre de participants a diminué, et de là est né le Grup Yorum.  Le Grup Yorum, l'Association des droits de l'Homme sont les premiers piliers face aux évènements politiques du 12 septembre.

J'ai réalisé avec le Grup Yorum, 6 albums. Puis j'ai décidé de réaliser des albums avec des chants traditionnels de ma langue. A partir de 1993, j'ai commencé à chanter avec mon frère Kemal. « Deniz Koydum Adını » (Je l’ai prénommé Mer), « Renklerde Yaşamak » (Vivre dans les couleurs), « Yaşlılar Dersim Turkuleri Soyluyor » (Les vieux chantent des chants traditionnels du Dersim). Actuellement nous travaillons plus sur les semah².

(² : une danse sacrée des derviches tourneurs soufiques alévis qui s’exécute dans le semahane (salle de danse)).

 

 

 

Il y’a de nombreux musiciens tels que le Grup Yorum, Aynur Doğan ou encore Gülbahar, qui ont travaillés avec vous et ont par la suite faits d’importantes sorties. A quoi reliez-vous ce succès ?

 

Le Grup Yorum a été une réelle réussite. Je suivais de près les troupes de théâtre et les groupes de musiques amateurs, car l’opposition, la « pensé gauche » se développait davantage dans ces domaines. Les week-ends, c’était 30-40 amateurs qui se rejoignaient au théâtre près du Centre Culturel d’Ortaköy pour débattre sur les problèmes du théâtre. Ces amateurs étaient tous d’anciens révolutionnaires. C’était une période importante car il était question d’oppression politique et la gauche n’a pas pu se montré à la hauteur.

 

 

 

 

 

Devons-nous penser que votre séparation avec le Grup Yorum est due à ce problème ?

 

Bien sûr. Le temps avançait, mais la gauche n’avait toujours pas eu de réforme. Aucune nouveauté. Il fallait réfléchir au futur au lieu de penser au passé. Avec une large réforme nationale, nous avons commencé à mener des travaux sur des questions d’identités, que nous avons commencées vers 1989-1990. Notre objectif, était d’apprendre notre langue. Durant des années, nous avions tourné le dos à notre culture avec la pensé que cela ne nous apportera rien. Mais nous nous sommes rendu compte de l’importance de la culture chez l’Homme.

 

 

 

 

Est-ce donc un lien avec l’identité culturel ?

 

Exactement. La période « Metin-Kemal Kahraman » en est une nouvelle. Notre objectif est de ramener aujourd’hui, des chants du passé. Actuellement, notre objectif est le même et nous a même ouvert une nouvelle fenêtre. La langue n’est pas simplement un moyen de communication. Chaque langue est un autre Monde, une autre perception, une autre fenêtre et même une autre philosophie de la vie. Le kurmandji et le zazaki sont de très anciennes langues, et elles sont toujours parlées aujourd’hui ; ils représentent des langues-clés. Vous savez, l’État turc pense aujourd’hui, comme il a pensé hier, que ces langues n’apporteront rien alors qu’ils sont l’un des plus anciens. Tôt ou tard, ils comprendront.

 

 

 


Vous réalisé des travaux remarquables que vous avez placé sous archives. Le zazaki est une langue peu parlée, avez-vous pensé que cela pourrait vous être comme un obstacle, un risque ?


 

Nous n’avions même pas réfléchi à la question car nous faisons ce travail avec amour. Cette culture nous dévoile beaucoup de choses. C’est comme si une deuxième fenêtre s’ouvrait à vos yeux avec cette langue. Nous connaissions déjà un peu cette langue, mais on nous a toujours dit « Cela ne vous apportera rien ». Vous le savez, Dersim est une région très spéciale. Sa langue vit encore aujourd’hui. Après 1938, il y a eu l’exil, il n’est resté que très peu de monde dans les montagnes et les villages. La plupart des maisons ont étés brûlés. Une dizaine d’années plus tard, les anciens habitants du Dersim sont retournés dans leurs villages et ont continués à perdurer leur langue. Des 15-20 dernières années, beaucoup de villages ont étés désertés à cause des pressions qui y règnent sur le territoire. Cette fuite des villages amène le plus souvent à la perte de la langue. Face à cela, des millions de personnes, dont beaucoup de jeunes, veulent aujourd’hui apprendre leur langue maternelle.

 

 

 

 

De nombreuses célébrités telles qu’Umut Altıncağ et Mikail Aslan réalisent comme vous, d’importantes archives. Que pensez-vous de ces musiciens et de leurs travaux ?

 

Nous sommes vraiment heureux. Nous entretenons avec chacun d’eux de très bé bonnes relations amicales. Ils nous ont déjà tous contacté avec la réalisation et pendant la réalisation de leurs albums. Nous nous voyons de temps en temps avec tous. Umut Altincag, Ahmet Aslan, Mikail Aslan, Zelemele…ont ouverts de nouveaux horizons sur la musique dersimîs. Leurs albums ne sont pas seulement écoutés dans notre région, mais aussi à Diyarbakir, Hakkâri, Erzincan et même Edirne. C’est une vraie réussite !

 

 

 

 

Si nous revenons à aujourd’hui. Actuellement, FERFECIR est considéré comme un pilier important de la musique. Pouvez-vous nous raconté l’histoire du Ferfecir ?

 

Ferfecir est une autre notion. Il est bien sûr différent de nos autres albums. Nous ne faisons pas la différence entre les paroles de musique et la mélodie. Certaines chansons ne portent de sens que vis-à-vis de leurs paroles, et d’autres vis-à-vis de leurs mélodies. Ferfecir est l’intermédiaire de ces deux facteurs. Nous avons commencé aux répétitions intenses après un important travail. Nous nous sommes basés sur 4 instruments dont le violon joué par Annanis, une amie d’origine allemande. Elle a travaillée avec nous dans de nombreux albums dont « Renklerde Yaşamak ». Nous nous sommes enfermés à Berlin et Wiesbaden durant 6 mois. Vous remarquerez, à partir des titres de musiques de l’album, que Ferfecir est l’histoire de l’Euphrate et du Tigre, deux grands fleuves d’Anatolie. Ces deux grands fleuves sont comme Bingöl et Dersim. Les 8 fleuves qui coulent de Dersim représentent l’Euphrate et l’eau qui coule dans les montagnes de Bingöl représente le Tigre.

L’histoire commence de la source de ces fleuves qui s’étend de la Mésopotamie, jusqu’en Syrie.

 

 

 

 

Cette histoire m’a l’air très triste. Ai-je tors ?

 

Elle est surtout réaliste. La Mésopotamie a toujours vécut de réelles tristesses. Le peuple kurde a été, et est aujourd’hui même un peuple qui souffre. Ferfecir n’est pas seulement une histoire triste, car dans ce cas vous n’auriez pas put l’écouté tranquillement et fréquemment. Nous n’aurions pas eu l’inspiration pour écrire ces poésies, et les cinématographes n’auraient pas puent les utilisés pour leurs films. La musique de Ferfecir est plutôt une musique de fond. Par exemple, vous pouvez l’écouté tout en menant une conversation avec vos amis. Elle a cela de spécial.

 

 

 

Pourquoi avez-vous donné place à des morceaux en langue turque ?

 

Notre langue maternelle est le kurde et le zazaki, mais nous considérons le turc comme notre deuxième langue. Mieux que notre véritable langue, nous savons parler turc. Si en Anatolie, le turc s’est autant développé, c’est bien grâce aux kurdes et turkmènes alevis. L’Empire Ottoman a parlé plus de 600 ans, une langue se situant entre l’arabe et le perse. Il n y a pas d’autres exemples dans le monde, comme celui-là. Aucun peuple n’a laissé sa langue pour en apprendre un autre plus de 600 ans. A la chute de l’Empire Ottoman, l’État a pris sa source de l’Orient pour initialiser la langue turque comme langue de la Turquie moderne.

 

 

Vous faites un lien important avec la mise en scène.

 

Nous avons monté en scène 2 mélodies : Karasu (l’eau noire) et Göç (la Migration). Nous avons commencé à réaliser une archive de photographie. Nous nous servons de photos qui ont étés prient par des personnes que nous complétons avec des photos que nous prenons nous même à chacun de nos déplacement. Nous nous sommes beaucoup appuyez sur les photographies pour Ferfecir. Si Ferfecir a été un succès, c’est surtout grâce au théâtre. Nous avons participé, durant des années, aux pièces de théâtre, ce qui nous a beaucoup aidés. Notre pièce a été représentée une fois au Centre Culturel d’Ortaköy.

 

 

 

Pourquoi ne pas l’avoir représenter une deuxième fois ?

 

Il y a eu quelques problèmes qui nous ont amené à abandonner. Il y avait 9 personnes qui montaient sur scène et les musiciens qui jouaient en directe. L’organisation était très compliquée. Mais nous ne regrettons rien, car même en préparant un album, nous nous appuyons toujours sur ceux que nous avons déjà put faire.

 

 

 

Avez-vous eu des problèmes lors de vos enregistrements à Dersim ?

 

Il n’est pas évident de réalisé des enregistrements à Dersim, car comme vous le savez la région est très surveillée. Lorsque vous mener des travaux, vous êtes obligé d’informer les gens de ce que vous faites. Nous avons beaucoup voyagé afin de trouver des informations fiables. Ankara, Sarıgazi, Maltepe ont étés nos destinations.

 

 

Il me semble que vous prenez place au théâtre de Seyidmesel à Istanbul…

 

Nous avons mit en scène « Masallarin Düğünü». Il s’agit d’un total de conte de 8 peuples différents. Chaque semaine, un peuple se rendait sur scène avec sa musique, sa culture et sa tradition. La deuxième semaine, c’était le peuple arménien qui nous a présenté sa culture. L’entrée était gratuite et ouvert à tous. Peu après Mırsiye Sineman nous a proposé de mettre en scène la version dersimîs de Şahmaran. Zerin Özer se trouvait sur scène et nous, nous occupions de la musique. Cela fait plus d’un an que nous faisons des tournées dans des villes tes que Diyarbakir. Ce travail est très important, car nous apprenons en même temps notre langue. D’ailleurs nous n’avons pas trop le choix. Nous ne pouvons pas dire que le théâtre kurde est arrivé à un stade important. Il y a l’esprit, la logique du cabaret, mais ce n’est pas exactement du théâtre. De ce point de vu, je peux dire que Şahmaran nous a ouvert de nombreuses portes. Ceux qui sont venus regarder le théâtre disent souvent « Nous pouvons faire de la philosophie dans notre langue ». C’est ce que nous voulions qu’ils disent. Après toutes ces années ou l’on a interdit notre langue (qui a du se réfugié dans les maisons, les villages et les montagnes), nous sommes aujourd’hui heureux à l’idée que l’on peu parlé de philosophie avec cette même langue.

 

 Albümün Ayrıntılarını görmek için tıklayınız.

 

Sur quoi vont portés vos prochains albums ?

 

Nous avons plusieurs projets en tête. Nous consacrerons un album sur le mythe de Sahmaran, avec notamment un nouveau Ferfecir. Cet album sortira très prochainement. Après Sahmaran, nous nous dirigerons vers des chants d’amour et de mariage. Nous allons, encore une fois, jeter un coup d’œil à nos archives, afin de vérifier si nous avons assez de sources ; dans le cas contraire, nous nous déplaceront pour en trouver d’autres. Après cet album, nous avons un autre projet sur les élégies. Comme vous le savez, on ne se délaisse d’élégies, surtout après 1938. 80% de la musique dersimîs sont des élégies.

En même temps que la réalisation de ces albums nous apprenons beaucoup. Vous connaissez les croyances alevis. Nous connaissons tous Düzgün, Munzur… Du moins, nous croyons connaître tout cela. Lorsque vous demandez à 10-20 personnes s’ils connaissent la prière du matin, du midi, la prière de l’eau, la prière du repas etc. et qu’ils vous répondent qu’ils ignorent, c’est à ce moment là que nous nous rendons compte que nous ne connaissons presque rien. Par exemple, nous ne savions pas que Düzgün avait 1 000 portes, nous ne savions pas aussi que durant un jour, 366 prophètes, dans la nuit du jeudi au vendredi tournaient le Semah dans la Demeure des Quarante. Cela n’est que quelques exemples parmi d’autres. Aujourd’hui, si nous voulons jeter un coup d’œil au passé, nous sommes obliger de creuser très profond car avec le temps beaucoup de faits se sont déformés. Si vous voulez faire des recherches sur une culture, vos outils principaux sont les prières, les contes et les légendes.

 

 

 

 

Vous faites plusieurs voyages dans un voyage. Avez-vous enregistrés tout cela sous forme de documentaire ?

 

Bien sûr. Nous avons faits d’importants enregistrements tels que l’histoire de la Mère Dünya, originaire d’Ovacık et aujourd’hui derviche de 82 ans. Cette femme est un jour par-ci, un jour par-là. Aujourd’hui elle est là, demain elle sera à Hacibektaş et le surlendemain à Antalya. Elle dit « Il y a 366 œil en Anatolie, je les aie tous rencontrés lors de mon voyage ». Nous lui demandons alors : « D’accord tu as visité et vu ces 366 yeux, mais qu’a tu vu réellement ? », elle nous répond : « J’ai vu Ali ». Cette femme a vécut beaucoup de choses. Elle a été mariée à l’âge de 13 ans et eut des enfants. Un jour, elle annonça à son mari : « Je veux visiter les « ziyaret » ». Elle alla alors au village, trouva une jeune fille, et l’a maria à son époux. Elle se dit alors libre et fait des « ziyaret », de village à village. C’est une femme très intéressante et très anarchiste.

 

 

 

 

 

Comment voyez-vous l’approche des médias turcs sur vos travaux ?

 

Très négatif. Il y a peu de kurdes en Europe, et malgré cela, un grand nombre d’allemands sont curieux et souhaitent apprendre notre langue. Ils veulent savoir ce qu’est notre langue, d’où elle vient. Il y a des chercheurs spéciaux pour cela. Malheureusement, ce n’est pas le cas en Turquie. C’est très triste, je pense qu’il y aurait du avoir des chercheurs d’origine turc parmi eux. Cela montre qu’il y a toujours des préjugés, et parmi cela, il y a aussi des socialistes… Mais nous connaissons tous les socialistes d’aujourd’hui ! Ce sont des socialistes qui travaillent avec la bourgeoisie. Cela est très triste.

Nous avons sorti Ferfecir en 1999, et il a été emprunté pendant environ 4-5 ans dans de nombreux films. Mais ce n’est pas pour autant que l’on nous a invités. Nous avions fait appel à un avocat, mais comme vous le savez, il y a en Turquie la « loi de la jungle »… C’est décevant.

 

 

 

E-Mail:
info@mkkahraman.org

[ Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) | Imprimer | Cette photo sur mobile | Permalien ]
 Songül Erol Abdil (le 02/09/2007 à 17h33)

Les Femmes Dersîmîs et leur maire sont très solidaires. Lorsqu’on l’écoute, on se rend compte de l’importance de la participation des Femmes dans la politique. Dans les 81 provinces de la Turquie, aucunes femmes n’y ont été élu Maire, sauf une seule province, la Province de Dersim (Tunceli). A Dersim… le maire est une femme, membre du parti  DTP. Celle-ci se prénomme Songül Erol Abdil.

En turquie, le cas de Songül Erol Abdil est assez interessant. En effet, c’est la seule femme élue Maire parmis  81 provinces.

 


 

Songül Erol Abdil est issue d’une famille qui autrefois soutenait le CHP. En 2004, alors qu’elle était fonctionnaire employée à  la mairie de Cankaya à Ankara, sous la demande du parti DEHAP, celle-ci s’est présentée aux élections à Dersim dans l’espoir d’y être élue Maire. Avec beaucoup de soutien de la part des autres partis de Gauche, elle est élue avec la majorité des voix.

Des problèmes à Dersim ?  Il y en a effectivement beaucoup. Dès son élection en tant que Maire de Dersim (Tunceli), Songul Erol Abdil a démarré ses démarches, afin d’arranger les problèmes de la région.  Songul Abdil fait énormément confiance à la contribution des femmes dans ses travaux.  Jusqu’à ce que les problèmes d’eau potable à Dersim soit réglé et pendant la construction des parcs dans la ville, celle-ci s’occupe de nombreux autres projets pour le bien être de la communauté.

En ce qui concerne les Femmes Dersimîs, il y aurait deux remarques de la part de la population et du maire :

-          Les Femmes comprennent mieux le peuple et expliquent mieux les problèmes de la communauté.

-          En ce qui concerne les travaux de la mairie au sein de la communauté, les Femmes y prêtent plus attention et travaillent ainsi avec plus de volonté et de discipline.


 

Qui est Songül Erol Abdil ?

Songül Erol Abdil, est née en 1972. Elle a donc 35 ans. « Erol » est son nom de jeune fille, « Abdil » est son nom marital.

Songül est la fille d’une famille de 10 enfants, dont les parents sont Paşa Erol, éleveur, et Sultan Erol. Lorsque les enfants allaient à l’école, ils passaient leur temps libre à aider leur père qui est éleveur. En 1994, son petit frère Erkan était à l’école primaire en CM2. Un jour, alors qu’il  emmena les agneaux brouter dans le pré, celui-ci marcha sur une mine qui explosa. Il y perd ainsi sa jambe droite. Cela fût bien sur un événement douloureux dans la vie de la famille Erol.

Songül termine le lycée à Dersim, au Lycée Mustafa Kemal, pour ensuite entamer des études supérieures.  Songül part à Ankara en y emmenant son petit frère Erkan, pour y travailler et faire soigner son frère. Celle-ci trouve du travail à la Mairie de Cankaya. Elle deviendra membre d’un syndicat, le KESK, et sera une des responsables de l’administration générale du syndicat. Elle s’occupe aussi de ses autres frères et sœurs afin qu’ils puissent étudier.  A la suite de l’opération de son petit frère, Erkan, celui-ci continue le lycée et devient un élève brillant.  Il réussit ses examens d’entrée à la Fac et poursuit ses études dans une université de Cologne en Allemagne où il y étudie les mathématiques.

Songül Erol se marie en 1998 avec Selim Abdil. Son mari est non voyant depuis sa naissance mais cela ne l’a jamais empêché de terminer ses études et devenir avocat. Celui-ci exercera son métier à Ankara. Il sera donc avocat à Botas.

Suite à l’élection de sa femme Songül en tant que Maire de Dersim (Tunceli), il abandonna son poste d’avocat à Ankara pour s’installer à Dersim. Il passera au statut d’avocat bénévole / engagé à Dersim. Il occupe aujourd’hui une place importante au sein des affaires de Droits à Dersim. C'est-à-dire, que Selim Abdil, apporte énormément de soutien à la population de Dersîm ainsi que pour tous les travaux de la Mairie de Dersim.

 

Pour Contacter Songul Erol Abdil :

 info@tunceli.bel.tr ou seyidedersimi@hotmail.fr

[ Ajouter un commentaire | 1 commentaire(s) | Imprimer | Cette photo sur mobile | Permalien ]
 REPORTAGE INEDIT MIKAIL ASLAN (le 29/06/2007 à 21h12)

 - C’est la première fois, après 12 ans que vous vous retrouvez en Turquie, mais votre exil lui dure depuis plus longtemps …

 

Le lieu où j’habitais jusqu’à mes 10 ans était très étrange. L’eau était tellement glaciale, même pendant les mois d’août et septembre, que pour la boire, il était nécessaire de la réchauffée. J’ai vécus jusqu’à mes 10 ans au village. J’avais tellement de rêves, que je me demandais même si je pouvais atteindre le ciel en me rendant sur le sommet des montagnes qui nous entouraient.

 

 

 - Quel est le nom de votre village ?

 

Notre village est relié à celui de Tawug, on l’appel « Pekoy » (signifiant l’envers de la montagne). C’était un petit hameau de 4 maisons. Si vous vous y rendez un jour d’hiver, vous n’apercevrez de loin que du brouillard et de la fumée, comme un lieu inhabité…

 

 

 

 

 - Quelles ont été les difficultés de l'exil ?

 

Lorsque j’avais 10 ans, l’époque était marquée par un large mouvement politique : les jeunes s’y intéressaient de plus en plus, tout comme mon grand frère. Il était question d’une énorme pression sur ma famille, et nous avions vécut de nombreux évènements avec des soldats. Je me souviens qu’un jour ma mère avait blessé la tête d’un sous-officier car un soldat avait torturé mon grand frère. Mon frère a été enfermé en prison, et ne pouvant plus supporter tous ces évènements, nous avons décidé de nous installer à Kayseri.

 

 

 

 - Pourquoi Kayseri ?

 

Dès 1960, il y’a eu une migration importante des Dersimîs vers cette ville. A l’époque, les parrains de ma mère y habitaient, et nous avons décidés de les suivre ; de toute façon, nous ne pouvions aller nulle part d’autre. C’est de cette manière que c’est passé ma rupture avec le village. Le seul bon souvenir que j’ai de Dersim est la nature… Nous nous étions étrangement liés tout les deux. Nous n’avions pas de montre, le soleil et par conséquent notre ombre était notre montre. C’était comme si j’étais au paradis là-bas ! Je me souviens qu’il y’avait en face de notre maison un petit rocher ; tous les soirs tous les membres de la famille s’y retrouvaient pour se reposer.

 

 

 - Quels animaux aviez-vous ?

 

Nous avions 200 moutons et chèvres. Nous nous occupions aussi des abeilles et possédions des ruches. Je vivais avec les abeilles et les poules.

 

 

 - Etiez-vous aussi un grand observateur d’abeilles ?

 

J’avais une très bonne relation avec les abeilles. A cette époque, les révolutionnaires venaient nous raconté que nous étions tous humain et que par conséquence que nous étions tous égaux. Je réfléchissais beaucoup à leur propos, et c’est les abeilles qui m’ont aidé à mieux comprendre ce qu’était l’égalité. Il y’a une parole de Hz. Mahomet qui dit : « Dans cet univers, il y’a deux secret que je n’ai pas réussi à percer, le secret des abeilles et le secret d’Ali » (il rigole). Entre les abeilles il n’y a pas de hiérarchie : tout le monde travaille ; c’est un peu cruel, mais lorsqu’une abeille ne travaille pas, elle est tuée par les autres abeilles. Lorsque j’étais petit, j’étais un grand observateur des abeilles. Comment font-ils le miel ? Comment portent-ils les fleurs ?… Après avoir trempé les fleurs dans de l’eau, ils absorbent avec leurs pattes, ce qui sera plus tard du miel. Des couleurs fabuleuses : du rouge, du violet… Leurs pattes prennent la couleur de la fleur…de très belles couleurs ! La reine est la plus intelligente, lorsqu’elle pique une personne, elle sait qu’elle va mourir tandis que les autres abeilles ne le savent pas. Je tenais la reine dans ma main, elle avait de très belles ailes que je caressais, elle ne me faisait rien du tout. Elle était très belle. J’ai laissé mon monde avec les abeilles là-bas… Il me prend des fois de penser qu’un jour je retournerai là-bas, lorsque j’aurai la cinquantaine pour continuer à m’occuper des abeilles. (Il rigole)

 

 

 

 - Votre mère et votre père étaient-ils du même village ?

 

Les tribus de ma mère et de mon père étaient en conflit. La famille de ma mère et celle de mon père ne voulaient donc pas qu’ils se marient ; c’est pourquoi, mes parents sont restés 7 ans éloignés. Malgré les deux familles qui ne s’entendaient pas, ma mère et mon père ont comme même réussis à se mariés.

A Dersim, lorsque vous venez d’avoir un enfant, vous le nommé en fonction d’un événement qui à lieu avant que l’enfant naisse. Par exemple, leur premier enfant a été nommé Pelgüzar, PEL signifie la feuille et ZAR la finesse… Comme son prénom, cette fille n’a pas résisté et est malheureusement morte. Son prénom a orienté son destin. Après un certain temps, mes parents ayant la tristesse de cette perte, ont nommés leur enfant qui venait de naître : Intizar (signifiant le regret). Intizar à grandit dans le bonheur, et pour que leur deuxième fille grandisse de la même manière, ils l’ont appelé Gülizar (l’hymen de rose)

 

 

 

 - Et vous ? Par rapport à quel événement vous a-t-on appelé Mikail ?

 

Mikail signifie « ange ». En Anatolie, beaucoup d’arméniens utilisent ce prénom. Parfois, les gens me demandent si « Mikail » est un nom que je me suis associé juste avant d’être célèbre. J’ai même eu quelques petits problèmes en Turquie à cause de mon prénom. Lorsque j’étais au collège, il y avait le fameux cour d’éducation militaire, un jour lors de l’appel au début du cours, lorsque le militaire a dit « Mikail Aslan », je me suis levé et là il m’a demandé : «  Mon fils, es-tu arménien ? » et je lui ai répondu : «  Non Monsieur, el hamdulillah, je suis turc et musulman » « Tais-toi et assis toi tout de suite ! » m’avait-il répondu d’un ton agacé (il rigole)

 

 

 

 

- Parlons maintenant de la radio arménienne Erivan. Cette radio représente-elle quelque chose pour vous ?

 

D’où connaissez-vous la radio Erivan ? Je me souviens lorsque j’avais 7-8 ans... Mon grand-père écoutait toutes les stations jusqu'à s'arrêté sur celle d'Erivan. Les speakers y parlaient kurmandji, et nous, nous parlions le zazaki, mais nous n’avions pas de problème à comprendre le kurmandji : les deux langues sont très proches. Leur musiques et les notre sont les mêmes. Parfois il y jouait des musiques d'Aşık Veysel, mon père l’aimait beaucoup. C'est une radio qui a eu beaucoup d'influence sur moi. Lorsque je me suis installé en Allemagne, j'ai recherché des anciens enregistrements de la radio que j'ai eu la chance de retrouver. Aujourd'hui, je réécoute ces enregistrements, cela me rappel mon enfance...

 

 

 

 

 

 

 - Quelle était votre relation avec Karapete Xaco?

 

 

Lors du génocide arménien, les kurdes et arméniens étaient ensembles pour aller à Erivan. Durant leur voyage, Karapete Xaco a perdu sa famille. Celui-ci grandira donc par la suite dans une famille kurde. La radio Erivan est un symbole de l'unification de ces deux peuples. Les arméniens comme Karapete Xaco ont oublié leur langue maternelle, et le kurde est devenu désormais, leur langue maternelle. Lorsque j'écoute Karapete Xaco, c'est d'autres sentiments qui s'éveillent en moi... C'est une musique qui m'emmène très loin.

 

 

 

 - Après avoir étudié à Kayseri, vous êtes allé à Malatya pour entamer vos études universitaires à l'université d’Inönü où vous vous êtes spécialisé dans la branche mathématiques. Et puis, vous avez immigré en Allemagne...

 

 

Les années 92-93 étaient très dures dans les universités. Il y avait beaucoup de bagarres, je me souviens même qu'une personne a été tuée. Lorsque nous nous promenions à Malatya, il y avait toujours une peur en nous, nous avions sans arrêt peur que quelqu'un nous attaque. Que vous le vouliez ou non, vous étiez comme même impliqué dans ces affaires. Et puis, il y avait la pression de ma mère... Lorsque j'ai commencé à étudier à l'université, ma mère était en Allemagne à la visite de sa famille; elle s'informait sur les évènements qui se passaient dans les universités, et cela l'inquiétait. J'ai été placé sous garde-à-vue, puis j'ai été éloigné de l'école, et puis je n'avais pas réalisé mon service militaire...que faire ? Soit nous allions tuer quelqu'un, soit nous allions être tués par quelqu'un. A la suite de ma mère, c'est moi qui me suis retrouvé en Allemagne. Petit à petit, toute la famille s'est retrouvée en Allemagne. Ma mère nous a d'abord tous emmené à Kayseri, puis ne trouvant pas la tranquillité là-bas, elle nous a tous emmené en Allemagne? Elle est comme une déesse, elle a toujours fait ce qu'elle voulait dans la vie. Si elle n’était pas si courageuse, aujourd'hui une personne de la famille ne serait pas en vie

 

 

 - Votre mère est toujours en Allemagne, n'est ce pas ? Comment voit-elle votre arrivé en Turquie ?

 

Elle me dit « C'est moi qui vous ait tous rassemblé en Allemagne, pourquoi vous retournez en Turquie? » (Il rigole)

 

 

 

- Au village, à part la radio, aviez-vous déjà une relation avec la musique ?

 

La musique a toujours été présente dans la famille, tout comme chez la plupart des Alevis. C'est un rituel. La musique n'est pas toujours synonyme de divertissement et de danse. Il y a d'un côté la musique de divertissement (exemple : Davul-Zurna)  et d'un autre la musique un peu plus sérieuse. Chez nous, le luth (saz) à avoir trois cordes, qu’on appelle : Tembur. Vous n'entendrez jamais un air de danse avec le tembur. Lorsque l'on me demande quand est-ce que j'ai appris pour la première fois à jouer du saz, je leur réponds que c'est une fille qui ma appris mes premières mélodies... Ma soeur! (Il rigole). Comme j'étais petit, mes parents n'osaient pas me donner le saz à la main de peur que je le casse.

 

 

 

 - Etiez-vous malin ?

 

Un vrai malin ! (Il rigole). J'étais fâché avec ma famille qui ne me donnais pas le saz, alors j'ai fabriqué moi-même mon premier instrument. J'avais pris un morceau de bois et accroché 3 élastiques, et je jouais avec cela (il rigole). J'ai aussi un autre souvenir, je me souviens qu'un jour je me suis installé à côté de mon grand frère et je lui ai demandé pourquoi le tambour avait un son aussi fort; il m'a répondu : « Mikail, c'est parce qu'il y a à l'intérieur un bol de miel » (il rigole). Un très bon souvenir! Ce n'est pas par fait scientifique que l'on explique des choses aux enfants, mais en y rajoutant un peu, même beaucoup de fantaisie.

 

 - Vous êtes d’origine Zaza et alevi et bien sûr Dersimîs. Vous interprétez et créez des musiques de cette région très riche...

 

Les zaza et les kurdes sont deux mêmes familles. Tout comme les kurdes, les zaza sont divisés entre les Alévis et les Sunnites. De l'extérieur, nous sommes vus comme des zaza, mais nous nous considérons comme des kurdes Dersimîs. Les zaza sont kurdes. Les Dersimîs représentent un seul peuple formée à partir de plusieurs peuples (bien sûr ceci est dût à un phénomène social, historique et culturel) Dersim est une terre qui a vu beaucoup de peuples tels que les arabes et les perses, mais aussi qui a été une terre de refuge pour les peuples qui ont été persécutés durant leur histoires tels que les chrétiens, les juifs ou encore les arméniens. Lors du génocide arménien, c'est 3 000, voir 4 000 personnes qui se sont installés à Dersim. Dersim a été durant toute l'histoire une terre d'accueil pour ceux qui ont souffert. Plusieurs tribus d'origine assyriennes, arméniennes, kurdes, turkmènes... sont passées à Dersim. (Leur point commun étant leur souffrance vis-à-vis de l'Islam. Dersim est un ensemble de peuples, mais malgré cela ils ont vécus tous ensemble, en harmonie.)

 

 

 

 

 – Avant votre arrivé en Allemagne vous avez fait parti de quelques groupes de musiques tels que les groupes Munzur et Tohum. Vous entendiez-vous d’un point de vu politique ?

 

Il y avait parfois quelques conflits entre nous. Je leur disais sans arrêt que je voulais chanter dans ma langue maternelle. Il y’avait parfois des débats idéologiques et politiques entre nous ; eux voulaient faire de la propagande, et bien sur ceci devait se faire en turc pour que tout le monde comprenne. Je leur rappelais sans cesse que notre langue se dégradera si nous suivions ce chemin. Je voulais composer et chanter en zazaki. A 18 ans, j’ai écris ma première mélodie qui racontait les mauvais événements que nous avions vécut à Dersim avant de nous installer à Kayseri.

 

 

 

 - Cette mélodie ne se trouve pas dans « Kilite Kou » ou « Miraz »… ?

 

Non, elle se trouve dans le premier album du groupe Munzur. C’est « Dayika Ma »… (Il murmure l’air). Comme je vous l’ai dit précédemment, nous débâtions beaucoup sur des sujets, ces débats m’ont permis de me former, de faire ce que je suis aujourd’hui. Lorsque je revois les anciens membres du groupe je leur dit : « A l’époque nous nous disputions beaucoup, mais heureusement que vous étiez là ! ».

 

 

 

 

 - Votre départ à l’étranger a-t-il donné plus de liberté à vos musiques ?

 

Bien sûr, car je me suis en quelque sorte libéré de tout influence. La transition a été dur, je me suis retrouvé dans un vide total ; je ne savais rien. C’est que petit à petit que je me suis relancé dans la musique. Je me suis dit que ce que je ne pouvais pas faire là-bas dans ma langue maternelle, je le pouvais ici. J’avais toujours cette idée de faire un album en zazaki. Mes premiers mois en Allemagne ont étés très durs : j’apprenais d’un côté l’allemand et d’un autre je continuais à étudier les mathématiques. Après un certain temps, et après avoir appris un peu la langue, j’ai pris ma guitare à la main et je me suis rendu au conservatoire. Je rentrais en classe avec le peu de connaissance que j’avais de l’allemand. Le professeur parlait bien sûr en allemand et enseignait beaucoup la théorie ; je me disais au fond de moi-même « D’accord, d’accord c’est bon, aller joue ! » (Il rigole). La motivation que j’avais là, n’était pas d’étudier au conservatoire, mais de comprendre la musique. J’aime aussi la musique occidentale, j’aime beaucoup les harmoniques. Lorsque j’avais 16-17 ans, j’écoutais Zulfu Livaneli et je me demandais tout le temps comment est-ce qu’il faisait les harmoniques. A l’Orient il y a la mélodie, à l’Occident il y a les harmoniques. Au conservatoire j’ai commencé à comprendre les harmoniques et j’ai peu à peu mis de côté les mathématiques. Les professeurs m’ont beaucoup appris et aidés car ils pensaient que j’avais la capacité d’étudier. Pendant 4-5 mois j’ai beaucoup travaillé la guitare classique et l’allemand, et j’ai choisis comme second instrument le saxophone. Cette période que j’ai passé au conservatoire m’a permis de mûrir d’avantage, et c’est de là qu’est né « Agerayîs ».

 

 

 - « Agerayîs » signifie « le Retour ». Pour vous, ce mot a-t-il une importance vitale ?

 

« Garp » signifie chez nous « Exil » et « Occident ». Je me suis poser la question, pourquoi désigne-t-on de la même manière l'exil et l'occident ? Pourquoi utilisons-nous le même mot pour désigner deux choses différentes ? J'ai trouvé la réponse. Chez nous, aucun exil ne se dirige vers l'Orient. J'ai fais aussi ce chemin de l'Occident : je me suis rendu en Allemagne, mais j'avais toujours l'espoir, qu'un jour je retournerai sur mes terres natales... « L'Homme est nostalgique vis-à-vis de son Orient, mais cache tout autant son teint mat » (Insan hep kendi Dogusunu ôzler, esmer yanini yine de gizler). Le teint mat de l'Homme représente l'Homme dans son état naturel. L'Homme éprouve toujours une certaine nostalgie par rapport à son Orient et à la Nature. Mais malheureusement, il reste éloigné de son état de nature, il cache sont teint mat pour ressembler à ce qui ne lui ressemble pas. Nous venons tous de l'Orient, mais il y a toujours eu des conflits : l'Europe repousse les turcs, les grecs repoussent les turcs, les turcs repoussent les kurdes, les kurdes repoussent les arabes, les arabes repoussent les indous... L'Homme est en perpétuelle recherche du bonheur, il recherche ses montagnes, sa nature... Mais aujourd'hui beaucoup repoussent malheureusement leur passés. Lorsque je suis venu en Allemagne j'ai souhaité repoussé la manipulation que je recevais de mon entourage. D'accord je suis alevi mais que ma religion reste là-bas; d'accord je suis un homme de gauche, mais que cela reste là-bas; d'accord je suis kurde, mais que cela reste là-bas...

 

 

  

 

 - Quels ont été ces manipulations ?

 

Je me suis découvert en Allemagne après m'être séparé de toutes influences. Je me suis dis « Voilà, je suis cela! ». Je me suis en quelque sorte libéré de cette manipulation. Autrefois, je disais toujours à ma mère que je voulais prendre une douche car les habilles que je portais n'étaient pas les miens, je voulais me libéré, me purifier. C'est à partir de cette étape que je suis retourné à ma propre nature. C'est toujours en nous séparant de l'Orient qu'on nous dit d'oublier. Tout le sens de la manipulation est là : faire oublier. Lorsque je suis arrivé à Kayseri, on m'a dit d'oublier Dersim. Lorsque je suis arrivé en Allemagne, on m'a dit d'oublier Kayseri... A chaque région où vous vous trouvez, on vous impose une certaine identité. « Oublie ton passé, ce qui compte c'est l'argent du présent »...j'ai entendu beaucoup de fois cette parole. D'après eux, le passé ne vaut rien du tout. Face à cela, je combats avec ma musique car elle raconte le passé et  l'endroit d'où je viens. Cet effort, ce souhait de refaire vivre notre passé, nous à permis de mûrir. Depuis petit, je porte un intérêt pour les gens plus âgés que moi.

 

 

 

 - C'est ce que nous voyons sur la couverture de votre deuxième album « La clef des montagnes » (Kilite Kou) : il y a la photographie de votre oncle. Quelle relation aviez-vous avec « les dengbej »?

 

Lorsque je suis arrivé à Kayseri, je faisais de la danse break (il rigole). Mais quand je me retrouvais avec le fils de mon oncle nous écoutions et pleurions sur des mélodies en kurde et en zazaki. C'est en faite deux mondes différents : ils n'ont rien de commun. Je n'ai jamais été renfermé sur moi-même avec ma culture, j'ai toujours été ouvert à d'autres cultures.

 

 

 

 - « Alors que mon corps va vers l’Occident, mon âme, lui, se dirige en Orient » avez-vous écrit. Vous avez réussi à harmoniser ses deux blocs avec « Connections » de votre album « Miraz »

 

Il a été très dur de réunir ces deux genres de musiques car ce sont deux mondes différents, deux mentalités différentes. Les occidentaux ont toujours étés attirés par l’extérieur : ils ont découverts de nombreux pays, sont allés sur la Lune, sur plusieurs planètes pour avoir le contrôle un peu partout. Mais à l’intérieur, je veux dire entre eux, ils ne s’entendent pas toujours et il est question d’absence de tranquillité. L’Homme de l’Occident est toujours celui qui a gagné à l’extérieur mais qui a toujours perdu à l’intérieur. Tandis que l’Homme d’Orient est tout le contraire. Il recherche la tranquillité dans ses montagnes et ne porte pas de grand intérêt au monde extérieur, du moment qu’il vit sans conflit avec les siens. Ces deux blocs ont besoin d’être confrontés pour atteindre, à eux deux, un certain niveau c’est-à-dire pour ce renforcer.

 

 

 

 - Vous avez réalisez « Connections » avec un orchestre symphonique allemand. Quel à été la réaction des allemands ?

 

Lorsque j’étudiais au Conservatoire, il y avait des soirées musicales. Je me rendais sur scène avec mon Tembur et mon ami allemand avec sa basse. Les gens me regardaient bizarrement en se demandant ce que j’essayais de faire avec cet instrument qui leur été inconnu. D’après eux, la musique est née avec Bach, Schubert, Mozart ou Beethoven et les musiques d’Orient ne sont pas de la musique. Mais petit à petit, leurs opinions ont changés. Par rapport aux autres peuples, le peuple allemand est très renfermé sur lui-même, et ceci non pas juste avec la musique d’Orient, mais aussi les autres musiques d’autres cultures européennes. Par exemple, les français, eux, ne sont pas comme cela, ils sont plus ouverts à d’autres cultures. Mais je suis parvenu à mon objectif, j’ai réussi à leur faire comprendre nos mélodies.

 

 

 - Vous avez retrouvez la photographie de la couverture de votre album « Kilite Kou » en Allemagne. Pouvez-vous nous raconter un peu cette photo ?

 

Lorsque je cherchais la clef des montagnes, je cherchais aussi la couverture de l’album. Après avoir beaucoup cherché, j’ai rendu visite à une famille et je leur ai demandé s’ils avaient d’anciennes photographies, car j’aime beaucoup regarder les vieilles photos. En les regardant une par une, je suis tombé sur cette fameuse photographie. Elle était tellement vielle qu’on aurait dit un bout de tissus très fin et très léger. Lorsque je l’ai vu je me suis dit « Voilà ce que je recherchais ! ». A chaque fois que je regardais la photographie je me disais : « Regarde comment il se tienne la main, regarde cet amour, ils n’ont rien, ils sont pauvres, mais regarde cet amour ! ». On aurait dit qu’ils cachaient la clef des montagnes entre leurs mains. J’avais une sensation de déjà-vu lorsque j’ai vu cette image, comme si je savais que c’était cette image-ci…

 

 

 - Lorsque nous analysons les paroles de vos chansons, nous n’avons pas l’impression que ce sont des poèmes, mais des épopées. Comment écrivez-vous ? En vous inspirant des histoires que l’on vous racontait ?

 

L’Homme ne créé pas sans rien, c’est toujours à partir d’un passé et de ses souvenirs qu’il réalise de nouvelles choses. J’ai une très forte relation avec le passé. Les chansons de notre temps me gênent beaucoup, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, une mélodie dure au grand maximum 5 voir 6 minutes, ce qui est beaucoup trop court pour moi. J’ai des compositions avec le Tembur qui durent une demi-heure. Lorsque je joue et lorsque j’écris, je me laisse aller, je joue comme il me vient du cœur.

La dernière fois, j’ai participé à une conférence sur la musique kurde et je me suis occupé d’un thème en particulier : le lien entre la mythologie et la musique kurde. La pensée, les sentiments, le passé…tout cela influence la musique. Ce que je veux dire, c’est que la musique ne se construit pas dans le présent, mais dans le passé et par l’état d’âme de la personne. Derrière chaque pensée, chaque opinion, chaque sentiment se cache un air de musique. Les albums que j’ai fais sont le fruit de trois ans de sentiments. Ma musique reflète mon état d’âme.

 

 

 - Vous avez un groupe composé de musiciens allemands et turcs… Les allemands comprennent-ils vos mélodies ?

 

Il est nécessaire que les personnes avec qui je fais de la musique aient des opinions proches des miens. La pensée est innée alors que la musique, elle, est acquise. La personnalité des personnes avec lequel je travail est très importante car je dois recevoir une énergie positive de chacun d’eux. Je ne travaillerais pas avec un musicien juste parce qu’il est bon musicien. Lorsqu’il manque quelqu’un du groupe, j’ai l’impression qu’il me manque un organe. Nous sommes vraiment tous soudés.

 

 

 

 - Vous aviez une interdiction d’entrée sur le territoire turc pendant 12 ans. Quelle en était la cause ?

 

Je ne pouvais pas venir car après que je quitte la Turquie, l’Etat a décidé de m’arrêter, non parce que j’ai fais quelque chose, mais… Après mon départ, il y a eu beaucoup d’emprisonnements qui ont été par la suite annulés. La préfecture de Malatya ne voulait donc ma me donner un passeport. Je remercie Hasan Saltık et ses avocats qui m’ont beaucoup aidé. Finalement il y eu le procès et j’ai été sauvé de cette situation. J’ai fais une entrée-sortie au mois d’Août. Ceci est ma deuxième entrée.

 

 

 

 

 - Vous avez réalisé le projet « Sound Of Tembur » avec
Aynur Doğan
Comment se sont passés les concerts ? Pourquoi appelez-vous cet instrument le Tembur ? N’est-il pas aussi un Bağlama ?

 

C’est une différence de langue. « Baglama » est un mot d’origine turque tandis que « Tembur » vient du kurde et du persan. Les Dersimîs appellent cet instrument le Tembur, de même pour les iraniens ou les afghans. Lorsqu’on dit « blama », on a tendance a pensé à un instrument moderne alors que quand on dit « tembur », nous pensons au vieil instrument de notre grand-père. J’aime beaucoup la voix d’Aynur. Je l’ai aidé pour « Pervane », « Aşkin Sarabi » et « Şire ».

 

 

Nous avons décidé de travailler ensemble, c’est de là qu’est né le projet. Nous avons donné 13 concerts qui ont rassemblé près de 10 000 personnes. Je dois avouer que nous avons eu quelques difficultés pour l’organisation des salles, mais nous avons réussi. Les concerts que nous avons donné aux Pays-Bas, en Allemagne, en France ou encore en Angleterre ont étés très appréciés et ont eu beaucoup d’influence sue les personnes. La musique alevi, la musique kurde, la musique Zazaki, la musique Dersimîs a été plus connue.

 

 

- Vous faites de la musique traditionnelle d’ Elazığ et de Tunceli avec le saxophone et non la clarinette…

 

Lorsque j’ai commencé le conservatoire, je voulais choisir comme second instrument la clarinette, mais cet instrument était beaucoup trop cher. J’avais un ami qui avait un saxophone. Après avoir effectué des recherches, j’ai découvert que le saxophone et la clarinette étaient de la même famille, la seule différence étant e son plus grave du saxophone. J’ai alors emprunté  l’instrument de mon ami et j’ai commencé à prendre des cours. J’ai beaucoup évolué en 2 ans. Lors de l’examen final, j’ai joué des œuvres du courant baroque, classique et romantique, puis j’ai terminé avec une mélodie que j’ai écrite avec comme accompagnateur, mon ami allemand qui s’occupait de la basse. Nous avons joué durant 10 minutes et le jury, après nous avoir félicités,  nous a accordé la meilleure note. J’avais enregistré tout l’examen et le professeur m’a demandé pourquoi ; je lui ai répondu « J’ai consacré 5 ans de mon existence à cet instrument, je voudrais avoir une trace de l’examen. Comme cela, je pourrais réécouter l’examen lorsque je serais vieux. C’est un souvenir que je ne veux pas oublier ». Le professeur m’a félicité de l’intérêt que je portais pour la musique.

 

 

 - Avez-vous rendu visite aux Dede lors de votre tournée ?

 

Après les concerts je me suis rendu à Ovacik et j’ai rencontré Firik Dede qui a aujourd’hui 100 ans. Si vous voulez, je peux vous lire un de ses poèmes : « J’étais un trésor, j’ai voulu être découvert ». Qu’est ce que le trésor ? C’est un secret qui doit être percé. Il faut le chercher. Le sentiment réel de l’Homme est bouleversé par la politique, l’Etat, le gouvernement…qui cache la réalité. Le secret est un souvenir qui doit être caché. Cela est mon point de vu. Firik Dede est un vieil homme ; lorsque je l’ai vu, il était assis chez lui et tremblait. Ces personnes sont en nous. Voici le trésor, voici le secret… Si vous voulez le découvrir, il faut le chercher en vous-même ; Nous devons tous le chercher. Tout a un sens, quelque soit la vie que nous avons, nous devons le voir, c’est possible… L’Homme a les capacités pour ça. Si je n’étais pas parti en Allemagne, je pense que je n’aurais pas compris la valeur de cet homme. Je suis allé en Turquie et je suis retourné différent.

 

 

 

- C’est Firik Dede qui a interprété « Canim Efendim », puis vous par la suite. Comment êtes-vous parvenu à le rencontrer ?

 

Je ne l’avais jamais vu auparavant, mais j’avais entendu de nombreux éloges sur ce vieil homme. J’étais étonné de savoir qu’il existait un tel homme et que très peu de personne y soit au courant. Mon objectif était de déchiffrer ces trésors et de les actualiser. A partir du moment où j’ai interprété « Canim Efendim », tous les chanteurs ont commencés à le rendre visite. Mon projet était celui-ci : mettre en valeur et réactualiser le passé et les personnes qui ont vécues à cette période. Bien sûr, je pense aussi au futur car nous ne pouvons pas vivre en nous réfugiant dans le passé, cela ne nous fera jamais avancé.

 

 

 - Pensez-vous vivre autre part qu’en Allemagne ?

 

Je souhaiterai avoir en plus d’une maison en Allemagne, une maison à Istanbul et une à Dersim. Kayseri me manque aussi beaucoup…j’y ai passé 10 ans et j’ai de nombreux souvenirs. Mais toute la famille se trouve en Allemagne, je ne peux donc me séparer d’eux. Allons à l’endroit où nous pouvons vivre, du moment que nous soyons tous réunis.

 

 

 

 - Avez-vous déjà fondé une famille ?

 

Non, je ne me suis encore jamais marié. Il y’a eu des périodes où j’ai aimé et des périodes où je suis tombé amoureux… Lorsqu’on est exilé, on ne peut pas prendre. Là-bas, les amours, les décisions sont sans cesses retardés comme si nous allons trouver tout cela ici, mais bien sûr, il n’existe pas une telle chose. Même lorsque je suis tombé amoureux je n’ai pas eu l’occasion, le plaisir de le vivre. Si l’amour meurt dans le cœur d’une personne, son intérieur devient un puit aveugle, un cimetière. Est-il si facile de tuer l’amour…

 

 

 

 - Quels sont les musiciens avec lesquels vous aimerez travailler ?

 

Il y a de très bons musiciens qui réussissent à mettre en avant leur identité dans leur musique. C’est le cas d’Aynur Doğan, de Erkan Oğur et de Nizamettin Ariçe. Je trouve leurs travaux remarquables.

 

 

 - Allez-vous continuer vos travaux avec l’orchestre symphonique ?

 

Oui. Je joue beaucoup avec les instruments de l’orchestre ; par exemple j’enlève les percussions et je les remplace par les instruments de chez nous. Je veux que l’orchestre renforce la mélodie principale, il faut que l’orchestre soit une aide. Chez les œuvres de Bach ou de Beethoven, il y’a un grain de chant du peuple d’Orient. C’est justement parce que nous avons essayé d’imiter leur méthode que nous avons toujours été perdant. Maintenant, faisons de la musique d’Orient, utilisons nos instruments dans l’orchestre. Faisons un orchestre symphonique non plus avec un grain d’Orient, mais un grain d’Occident et une mélodie principale d’Orient. Faisons cela avec l’âme anatolienne.

 

 

 - Kamer Söylemez vous a beaucoup aidé pour les paroles des œuvres que vous avez composez…

 

Kamer Soylemez est un ami d’origine arménienne qui nous offre les plus beaux poèmes kurdes zazaki. Cela fait 10 ans qu’il fait son programme culturel sur ROJ TV. Il a fait renaître nos mélodies ; s’il n’était pas là, il manquera quelque chose dans la musique kurde. Il a écrit de très beaux poèmes sur le monde moderne qui ont complétés nos musiques. Il est très important car il nous laisse un très grand héritage. Mon prochain album sera composé de poèmes de Kamer Söylemez .

 

 

 

 - Quand est-ce que vous allez rentrer au studio ?

 

Nous préparons le prochain album qui sortira normalement mi-été. L’album sera à dominante Tembur et saxophone : il n’y aura pas beaucoup d’instruments.

 

 

 

Interview : Pelin Özer,

İnsanın Doğusu, Doğası, Doğrusu
Pelin Özer,Roll Dergisi

Reportage traduit par l'équipe Seyidersimi 

[ Ajouter un commentaire | 0 commentaire(s) | Imprimer | Cette photo sur mobile | Permalien ]
Page 1 2  
 
 
  MISES A JOUR
Le site seyidersimi répond-t-il à vos atte... Sondage Le 23/12/2007
Mon pays - Ferhat Tunç par Berçem Adar (ww... Articles Le 06/11/2009
44 Photos Le 26/08/2009
 
 
 
 
 
 HORLOGE
 
Créer un blog gratuitement avec Oldiblog | Signaler un blog illicite | Voir d'autres blogs de la catégorie Voyages | RSS articles RSS articles