« Kamkê asle ru nas ne keno, rojta na dinara dur maneno.
Celui qui ne connaît pas ses origines, est loin de la lumière.»
( Sey Khekilo Kuresiz )
J’ai aujourd’hui constaté que beaucoup de personnes d’origine Kurdes
du Dersim ( région située à l’Est de la Turquie) n’acceptent toujours
pas le massacre de 1938 à Dersim comme étant un ” Génocide “.
“Ce qui est fait est fait “, m’a t-on dit. ” Si les Dersimis avaient acceptés de coopérer avec l’Etat et l’Armée Turque, rien de tout ça ne serait arrivé “ ajoute le jeune Dersimi, “Ils n’ont pas suivi les règles”.
QUELLES REGLES ?? Celle de se taire, d’accepter d’être “turquisé”?
Celle de renoncer à sa culture, à sa langue ? Celle d’oublier son
identité pour en accepter une qui nous est imposée ? Pourquoi ?
Résumons brièvement la situation: Dersim est le nom d’une région
située à l’Est de la Turquie. Y vivent plusieurs éthnies dont les
Kurdes et Arméniens. Notons que les jeunes-turcs accusaient les
arméniens de l’Empire Ottoman de complot et de pactiser avec les
Russes. Dersim, région peuplée de minorités (dont les Kurdes et les
Arméniens), de résistants…
Le fondateur de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk, veut en quelque
sorte instaurer une nouvelle loi concernant ”l’assimilation de Dersim”.
Celui-ci qualifie d’ailleurs cela à « une mission de civilisation », en
bref celui-ci veut « civiliser Dersim ».
« Dersim est une tumeur pour le gouvernement de la République. Quel que
soit le prix, cette tumeur doit être enlevée grâce à une opération
définitive ». (Atatürk)
En 1935, cette nouvelle loi est instaurée. L’utilisation du
nom « Dersim » est interdite, et la ville est renommée en “Tunceli”.
En 1937, l’armée turque prend position à Dersim. Les militants
Dersimis poursuivent la résistance alors l’armée Turque commence à
réorganiser des opérations militaires pour une nouvelle offensive
l’année suivante. Le chef de la résistance, Seyit Riza est arrêté et
ensuite exécuté le 18 novembre en 1937 à l’âge de 81 ans. Pourtant, la
loi interdisait l’exécution des personnes ayants un tel âge. Cette «
opération » ou comme dirait le Chef Atatürk « cette mission de
civilisation », dure deux ans. Ces deux ans sont un enfer pour la
population Dersimis.
En effet cette opération tourne au massacre. Résultat, on compte
environ 80 000 morts, plusieurs villages brûlés et des milliers de
personnes déportées vers l’Ouest de l’Anatolie. Dersim connaît d’autres
problèmes au cours de cette opération, tels que des exils, des
disparitions, des prises d’otages de villes entières, des tortures,
l’interdiction des manifestations de leur langue, leur culture ainsi
que leurs croyances.
” Ce qui est fait est fait, si les Dersimis avaient
coopérer, rien de tout cela ne serait arrivé … , ils n’ont pas suivi
les règles “.
Ce jeune Dersimi estime donc que les Dersimis devaient se soumettre
“aux règles”, aux lois imposées par la République de Turquie. C’est en
tout cas ce que je comprends dans ces propos…
Rapellons tout de même que certaines de ces “règles” qu’ils devaient
respecter étaient par exemples: parler , apprendre et enseigner le
“turc”, interdiction de parler, d’enseigner le Kurde, interdiction aux
Kurdes ( commes aux Arméniens d’ailleurs) de pratiquer leur cultures,
leur rîtes… Bref, en gros : Devenir Turc, Oublier son identité Kurde (
ou autre), sa langue maternelle, ne plus pratiquer sa culture, n’être
rien d’autre que Turc !!
Pourquoi étaient-ils obligés de coopérer? Quel a été leur crime?
Refuser le système? Affirmer leur identité? Refuser d’envoyer leurs
enfants à l’armée? N’étaient - ils pas des Êtres-Humains, qui en plus
étaient déjà là avant la fondation de la République ? Ces gens ont agit
tout en usant de leur droit de refuser, d’exprimer leur désaccord! Cela
ne donne aucune raison à l’armée et à l’Etat de les massacrer. Si
l’armée ou l’Etat avait agit non comme des “barbares” mais comme des
être-humains, ils auraient compris ce qu’était la dignité, le respect
et la tolérance et 80 000 personnes n’y auraient pas laissé leur vies .
On parle ici de 80 000 morts, des centaines et centaines de villages
brûlés, des familles détruites, déportées, des personnes torturées, des
éxécutions sommaires, des filles et femmes violées et jetées dans la
rivière… La cause? le Refus de coopérer? NON, refus d’être “turquisé”
par la force, refus de se rabaisser , refus de perdre son identité,
tout simplement faire comprendre qu’ils étaient des Êtres humains et
non des pions.
Ces mêmes personnes, qui condamnent les Dersimis, les accusant de ne
pas avoir respecté les lois et d’avoir refusé de coopérer, se
contredisent. En effet, en 1935, la loi interdit l’utilisation du nom ”
Dersim” et la ville est renommée en « Tunceli » . Ces mêmes personnes
utilisent un mot Kurde, interdit par la loi (en 1935) et remplacé par
un nom en Turc. Il est important de relever que ” la loi de Tunceli “,
adoptée le 7 novembre 1935, a permis aux autorités turques de mener une
politique de terre brûlée dans la région kurde portant ce même nom.
Tunceli (la main de fer en turc), représente la marque de
l’ethnocide. Changer Dersim en Tunceli et l’accepter, c’est accepter
cet Etat et tout les actes qu’il a commit envers ce Peuple. Or, le
jeune Dersimi qui lui même refusait de considérer le massacre de Dersim
comme étant un génocide, refuse lui même de dire Tunceli.
” Accepter Tunceli, c’est renié notre histoire (les Dersimis).
Tunceli est un nom barbare, un nom étrangé, imposé par la force.
N’acceptons pas cette force, cette dictature. Dersim est un simple nom
diront certains. Oui, mais c’est Le Notre, celui de notre histoire, de
notre passée, c’est celui de notre identité. Ne l’oublions pas.”
” Notre culture est notre être
Notre identité est notre force
Notre langue est notre beauté “
” IL Y A DEUX MANIERES D’IGNORER LES CHOSES : LA
PREMIERE, C’EST DE LES IGNORER ; LA SECONDE C’EST DE LES IGNORER ET DE
CROIRE QU’ON LES SAIT. LA SECONDE EST PIRE QUE LA PREMIERE. ‘
(Victor Hugo) |