(DERSIM, LE DESTIN D’UN PEUPLE 2eme partie, bego (Bersiv.com) )
J’ai aujourd’hui encore constaté que beaucoup de personnes originaires du Dersim, principalement “alévies”, semblent égarées.
” Je ne suis ni Turc, ni Kurde, je suis Alévi” m’a t-on dit.
” Je ne suis pas Dersimli mais Tunceli ! ” ou bien ” Je ne suis pas Kurde mais Zaza“, ” les Kurdes ne sont pas comme nous, ils sont sunnites; nous, nous sommes des Alévis” … m’a-t-on répété. Et bien pire encore, ” le Kurmanci c’est la religion de Dêrsim” . Bref, j’ai entendu des choses incompréhensibles, parfois illogiques, insensées à mes yeux, et des fois plus qu’absurdes.
QUAND ALLONS-NOUS ENFIN APPRENDRE LA VERITE? SOMMES- NOUS KURDES ALEVIS ? OU NI KURDES NI TURCS MAIS ALEVIS ? SOMMES-NOUS KURDES OU ZAZAS ? Des Questions qui sont posées depuis maintenant bien des décennies, mais dont personne n’a su en donner une réponse concrète. C’est sans doute pour ça que les générations d’aujourd’hui dont nous faisons partie sont aussi égarées…
Je vais aujourd’hui me concentrer principalement sur la question ” Kurde/Turc Alevi du Dersim” ou “Alevis du Dersim?”
Dans la région du Dersim, on trouve de tout…des Kurdes, des Arméniens…Des chrétiens, des alévis et une petite minorité de Turcs et musulmans sunnites. En effet, le Dersim est une région principalement “Alévie” . ” Les alevis sont considérés par beaucoup d’observateurs comme étant plus libéraux et progressistes que les musulmans orthodoxes - il est vrai, à certains égards, qu’il est permis de parler de dynamique alévie.”(P.Boulanger)
Si on les juge “au canon sunnite et de la charia”, écrit Hans Lukas Kieser, ” les alevis sont clairement des hérétiques: ils n’acceptent pas la charia, ne considèrent pas comme obligatoires les cinq piliers de l’Islam, ne pratiquent pas les ablutions rituelles, n’attribuent aux livres saints qu’une importance de témoignage, ne se réunissent pas dans les mosquées et ne respectent pas l’arabe comme langue de culte **.”
Sans doute à cause de leur particularisme, les alévis sont souvent et sévèrement attaqués, rabaissés. Ils ont souvent été les cibles d’actions violentes ( exemple : Massacre de Sivas, 2 Juillet 1993). ” Leur particularisme culturel dérange encore les Turcs ou encore les Kurdes sunnites.” Et oui, c’est sans doute pour ça que de nombreux Kurdes Alévis comme ceux que j’ai rencontrés récemment s’égarent en criant : ” Nous ne sommes ni des Turcs ni des Kurdes, mais des Alévis! “ et cela se remarque surtout chez de nombreux Kurdes Alévis vivant en Europe.
Je vais encore faire référence à Phillipe Boulanger qui écrit : ” La morale des alévis, très attachés à leur identité, est caractérisée par une devise courte mais explicite : eline, diline, beline sahip ol ( Sois le maître de ta main, de ta langue et de tes désirs)”
Les Kurdes Alévis ont aussi été victimes des heurts “sunnites-alévis”. Ils donnent l’impression de se sentir plus proches de “leur coreligionnaires de langue Turque que des Kurdes sunnites”. ” Le degré de netteté de la frontière entre Kurdes alévis et Kurdes sunnites n’est pas clairement connu.” souligne le Néerlandais Martin Van Bruinessen , spécialiste de la question Kurde.
” L’attachement des alévis à leur confession, si singulière et séduisante, est très fort ; il peut expliquer leur état d’esprit parfois très communautaire, y compris à l’encontre des Kurdes d’une autre confession.”
” Les alévis font en effet preuve d’un fort attachement à leur identité, en Europe autant qu’au Kurdistan. “ Nous sommes différents de vous, nous sommes ce que nous sommes, et nous restons de notre côté.” est le refrain qu’ils mettent souvent en avant pour légimiter leur particularisme - auquel on peut opposer immédiatement le suivant : ” Nous sommes différents de vous, nous sommes ce que nous sommes, et nous faisons un bout de chemin tous ensemble”. On pourrait parfois s’inquiéter de cet hermétisme alévi qui peut desservir la communauté kurde dans son ensemble. ”






